François de Ravignan

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Agronome, économiste, mais d’abord homme engagé

De François De Ravignan (décédé en juin 2011, à l’âge de 75 ans) on retiendra avant tout l’engagement humain, en particulier à travers son travail d’agro-économiste, dans le cadre duquel il a toujours privilégié le terrain et la rencontre avec les autres. Ses nombreux livres et autres écrits sont une trace concrète, riche, des fruits de cet engagement.

Après des études d’agronomie notamment sous la direction de René Dumont (avec lequel il co-écrira « Nouveaux voyages dans les campagnes françaises » en 1977, Ed. Le Seuil), François de Ravignan a exercé des activités de recherche et de formation en Afrique Noire et au Maghreb dans les années 1960 et 1970. Puis, comme chercheur à l’Inra, il a travaillé en Europe (France, Italie, Espagne, Allemagne).

Suite à ces expériences de développement, il devient un spécialiste de la faim dans le monde. Après deux ouvrages sur la question en collaboration avec Albert Provent (« Le nouvel ordre de la faim », Seuil, 1977) puis Jacques Berthelot (« Les sillons de la faim », L’Harmattan, 1980), il revient sur le sujet en 1983 avec un livre édité et préfacé par Denis Clerc, « La faim pourquoi » ? (La Découverte, 1983), qui au fil des rééditions, est devenu un classique sur la question.

Dans les années 1980, il publie deux manuels « de terrain » avec Bernadette Lizet : « Comprendre une économie rurale » (L’Harmattan, 1981) et « Comprendre un paysage » (Inra, 1987). A la demande de l’Inra, il réalisera également « L’Atlas de la France verte » (Ed. Jean-Pierre de Monza, 1990).

En parallèle, les activités d’agronome de François de Ravignan l’amènent à s’intéresser à la critique du développement. En 1979, il fonde l’association Champs du Monde qu’il animera jusqu’en 1987, notamment avec François Partant. Il participe ensuite à la création de La Ligne d’Horizon, qu’il a présidée durant de nombreuses années. Il a publié de nombreux articles sur l’après-développement.
François de Ravignan a également publié plusieurs ouvrages plus spécialement destinés aux milieux chrétiens, le plus marquant étant « 
L’économie à l’épreuve de l’Évangile » (Cerf, 1992, et Ed. A Plus d’Un Titre, 2009).

Tout en voyageant dans le monde entier, François de Ravignan n’oubliait pas de s’investir tout près de chez lui, dans l’Ouest audois, où il a participé à la revitalisation du milieu rural, comme l’explique le texte de Pascal Pavie ci-dessous.

* * * * *

Le départ de François de Ravignan (écrit en juin 2011)

La Confédération Paysanne, Nature et Progrès, l’Adear rendent un hommage intellectuel, militant et amical à un homme qui nous a profondément marqués et qui inspirera à l’avenir nos actions, nos pensées et notre avenir.

François de Ravignan fut agro-économiste. Il a commis une somme considérable d’articles, de rapports et d’ouvrages concernant l’agriculture, le mal-développement, l’économie, les paysages, l’histoire agraire des villages, des régions et des pays.

Pour autant François n’est pas resté confiné dans un bureau, pas même celui de l’Inra* où il passa une partie importante de sa carrière. Ses réflexions étaient soumises au contact des réalités des petits paysans, des artisans, des gens du pays avec lesquels il aimait s’entretenir, voire même partager une tranche de vie.

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Cette expérience des réalités sociales du milieu rural fut partagée sur les continents depuis les années 60 à la suite des mouvements de décolonisation en commençant par l’Algérie jusqu’à ces dernières années en Inde ou en Turquie. Avec René Dumont et quelques rares agronomes clairvoyants, il nous a prévenus des dangers du développement agricole tel qu’il s’est conçu sous la férule des grandes institutions internationales, des États et des instituts agraires officiels. Il nous a annoncé que le développement industriel appliqué à l’agriculture provoquerait la faim et des catastrophes écologiques.

Mais François n’était pas seulement pèlerin en terres lointaines, notre agronome a rejoint notre département de l’Aude s’établissant en 1983 dans un petit village au cœur des Corbières et nouant avec nous tous des relations passionnantes et fructueuses.

Adhérant dés son origine à la Confédération Paysanne de l’Aude il a soutenu la création d’Espère, puis celle de l’Adear et enfin participa à la vie de la Maison Paysanne** à Limoux qui réunit en son sein Accueil Paysan, Nature et Progrès et l’Adear. L’objectif fut pendant un demi-siècle de travail de crier au monde que l’exode rural était une catastrophe non seulement pour la vie de nos villages mais pour la société entière.

Son courage fut, dans l’époque où le productivisme triomphait de ses rendements, de ses dividendes, de son industrialisation à marche forcée, de clamer que les savoirs et la culture paysanne étaient œuvre de civilisation, d’humanité et source d’épanouissement pour nos sociétés. Pédagogue efficace, il fit parcourir à des centaines de personnes nos campagnes et nos villages à travers des « études de paysages » ; nous apprenions l’histoire de notre pays, la flore, l’architecture rurale, les moulins, les terrasses, les bergeries en ruine, les vieux chemins, les ruelles, les granges ; toutes ces œuvres humaines encore apparentes nous racontent des vies, des possibles et des impossibles.

La reconnaissance de cette histoire agraire et rurale ainsi que cette critique fondamentale du productivisme ont donné sens aux jeunes agriculteurs et aux « néo-ruraux » qui, dès les années 70, ont tenté de résister à l’exode paysan et parfois même de revenir à des terres abandonnées ou dans des maisons en ruine. Suspecté d’utopie et donc peu pris au sérieux par des tenants d’une pensée dominante, François n’a eu de cesse de réhabiliter ces néo-ruraux, ces petits paysans, qu’ils soient d’ici ou de l’autre bout du monde. Il nous a convaincus qu’ils étaient porteurs d’espoir pour une humanité en détresse qui voit tristement aujourd’hui les résultats d’un siècle de développement matérialiste. Peuple créateur, ce monde paysan (pas seulement agricole mais aussi simplement habitant du pays avec toutes ses professions) est capable de trouver des solutions aux grands maux de ce début du XXIe siècle, la malnutrition, la pollution, le chômage. Dans nos contrées mais en d’autres continents aussi, il est à l’origine de l’agriculture biologique, des marchés de relocalisation, d’un tourisme alternatif de rencontres, de coopératives de consommateurs, de transformations alimentaires de qualité dans de petites coopératives, des boulangeries, des petits commerces, de l’artisanat, de l’architecture paysanne écologique.

François de Ravignan a donc prouvé qu’un autre développement était possible dont la finalité ne serait pas l’alignement de succès de rendements, l’extraction maximum du capital naturel de nos pays, les records monétaires des indicateurs de production mais tout au contraire l’épanouissement d’un monde rural solidaire, affectueux envers sa nature, ouvert au monde et en priorité aux pauvres, à ceux qui souffrent dans leur corps et leur esprit.

Nous pleurons de ton départ, nous rions de ton espérance.

Pascal Pavie

Les associations de la Maison Paysanne : Accueil Paysan, Adear, Nature et Progrès et la Confédération Paysanne

* Inra = Institut National de la recherche Agronomique

** 10 allée des marronniers 11300 Limoux

On trouvera d’autres hommages à François de Ravignan, et aussi un choix de ses textes, sur le site de La Ligne d’Horizon.

 Photo JMW_Samedi 7 08 2010 catalogne Espagnole

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