LONGO MAÏ : la maîtrise de la filière laine

Plutôt que de se contenter de vendre la laine de leurs moutons, les coopérateurs de Longo Maï se sont donné les moyens de maîtriser toute la filière. Ce qui a nécessité de nombreux échanges et beaucoup de formation.

Grange Neuve

Grange Neuve, près du village de Limans (Photo Longo Maï).

Longo Maï a fêté en 2013 les quarante ans de sa première coopérative, celle de Limans (Alpes-de-Haute-Provence). L’idéal du départ est toujours très vivant. Eva Taubert et Christophe Calais ont participé aux 3es Rencontres des Ami.es de François de Ravignan, le samedi 22 novembre 2014 à Greffeil, où ils ont présenté la filière laine de Longo Maï.

« Nous avions des moutons ; nous nous sommes tout de suite intéressés à la laine », explique Christophe Calais. « Nous avons toujours voulu maîtriser toute la filière pour garder la plus-value ». Une maîtrise qui a demandé de nombreux efforts et notamment de nombreuses actions de formation.

Cela a commencé de façon relativement rudimentaire par l’installation, à Espezonnes (Ardèche), d’une grange avec de petites machines à carder et à filer.

Puis la reprise de la filature Blanchard, à Saint-Chaffrey (Hautes-Alpes) en 1976, a été une étape déterminante. Cette filature était à l’arrêt depuis 1969 et les machines dataient des années 1900. L’activité a été relancée, avec l’aide de l’ancien propriétaire ; les machines ont été changées petit à petit, avec du matériel d’occasion, facile à trouver du fait de la fermeture de nombreuses petites filatures.

Les coopérateurs, avec la laine de leurs moutons ou de la laine achetée chez d’autres éleveurs, ont pris en main toutes les opérations : lavage, cardage, filature, tissage et apprêtage, confection, tricotage, et vente.

Ils ont appris, avec un membre d’une Scop de Reims, à tisser, ourdir les pièces, faire le nouage, etc. Une personne venue de Nice leur à montré l’apprêtage des tissus. On s’est efforcés de diversifier les produits, ce qui a notamment demandé d’apprendre le classement des laines (avec Christian des Touches, expert lainier de l’Itovic, l’Institut technique des ovins et des caprins). Le classement consiste à identifier la race de brebis (chaque race a une laine différente, qui convient à certaines utilisations), à trier les meilleures parties (30 % de la laine n’est pas travaillable).

Christophe Calais se souvient que la laine des Mérinos de la coopérative, trop fine, avait du mal à passer dans les machines.

« Il y aurait beaucoup de choses à faire avec la laine », note Eva Taubert ; « la laine offre de nombreuses possibilités » comme le feutre, le travail manuel, l’utilisation des déchets. Mais tout cela demande beaucoup de formation.

La Filature travaille actuellement quelque 12 tonnes de laine et de mohair ; elle occupe de 5 à 10 personnes (par roulement avec d’autres coopératives ; il y a beaucoup d’échanges). La vente se fait en direct sous la marque Longo Maï.

Il y a aussi de nombreux contacts avec diverses associations, pour partager l’expérience acquise.

En savoir plus : Site de Longo Maï ; Site « Humanisme pur », les coopératives Longo Maï.

Heureux qui communique

Heureux qui communique (Photo Longo Maï).

Neuf coopératives dont cinq en France

La première coopérative de Longo Maï est née en 1973 à Limans, près de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence). Donc, dans la foulée de mai 1968. Ses créateurs furent un groupe de jeunes très engagés à l’époque en Suisse et en Autriche. Ayant participé aux luttes urbaines, ils étaient pour la plupart sur des listes noires et n’arrivaient pas à trouver de travail. D’où l’idée d’acheter de la terre pour, dans un premier temps, subvenir à leurs besoins alimentaires et se loger.

Au tout début, une dizaine de membres du collectif, suisses et autrichiens, qui avaient eu la mauvaise idée de demander des titres de séjour, ont été expulsés par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Raymond Marcellin. Il y a eu alors beaucoup de solidarité autour de cette expulsion et la notion de solidarité reste une valeur forte de Longo Maï.

Aujourd’hui une centaine de personnes vivent à Limans. « Ce qui n’est pas toujours facile. » « Nous n’employons pas le terme « communauté », précise Eva Taubert ; la structure est en effet très ouverte : « Nous avons toujours voulu garder un grand intérêt pour tout ce qui se passe autour de nous. » En témoignent les programmes de Radio Zinzine et les nombreuses campagnes de solidarité internationale orchestrées par Longo Maï.

La coopérative de Limans a, au fil des ans, essaimé en France, en Allemagne, en Suisse et en Autriche, avec aujourd’hui au total neuf coopératives, dont cinq dans le Sud-Est de la France (Limans ; Vitrolles-en-Lubéron ; La Filature à Saint-Chaffrey, près de Briançon ; Saint-Martin-de-Crau (13) ; et Chanéac, dans l’Ardèche).

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