Synthèse des ateliers

ATELIERS

Ci-dessous la synthèse du travail des quatre ateliers.

. Est-ce l’argent qu’il faut partager ?

. Partage des savoirs : cesser d’être consommateur pour faire soi-même.

. Partager le logement : un projet de coopérative de logement.

. La Belle Aude : partager le travail.

« Est-ce l’argent qu’il faut partager ? »

Où il est question de marchandisation de la monnaie, de monnaies locales et de se passer de monnaie, ou pas.

Jean-Marc a d’abord présenté le Souriant, monnaie locale en construction dans la Haute-Vallée de l’Aude. Elle a pour but, dit-il, d’échapper à la spéculation, de participer à la dynamisation de l’économie locale, de générer des prêts solidaires par la Nef (pour chaque Souriant créé, un Euro est déposé sur un compte).

L’argent des banques est utilisé au mépris de l’avis et de l’intérêt des citoyens ; il favorise les milieux financiers, y compris jusqu’au recours aux paradis fiscaux, les investissements dans les énergies fossiles… En utilisant les monnaies locales c’est un peu de notre argent qui échappe à cette logique.

Toutefois, les monnaies locales ont leurs limites : « On attribue, à l’argent la capacité à générer des réformes sociales mais la monnaie locale ne peut avoir aucun effet sur le partage des moyens de production. »

Pour Michel Merlet, les monnaies locales ne remettent pas en cause la capacité des banques à générer une quantité gigantesque de monnaie pour prêter à la finance.

Baptiste Mylondo propose une distinction entre « argent » et « monnaie » : La marchandisation de la monnaie fait qu’elle est devenue argent, source d’exclusion. Il faut conserver la monnaie support de lien social.

La monnaie locale, dit René, est un vecteur d’éducation populaire ; il manque une éducation économique dans notre société. Mais le problème de la monnaie locale c’est qu’elle ne permet pas de couper le lien avec le monde global : si je me fais payer du bois de chauffage, le travail est réellement en monnaie locale mais pas le camion, la tronçonneuse, l’essence, qui restent dans le circuit de l’euro.

Christian note qu’il y a « beaucoup de gens qui vivent sans argent. » Ce qu’il faut, dit-il, c’est « sortir de la marchandise, donc cesser de l’utiliser. »

Partage des savoirs : cesser d’être consommateur pour faire soi-même

L’exemple de La Répartie montre la difficulté à se défaire de la mentalité de consommateur. Faire soi-même, c’est s’autonomiser, y compris par rapport à l’argent. On a parlé aussi de gratuité, de don de son temps.

Nelly et Tonio ont présenté l’expérience toute neuve de La Répartie, association de la Haute-Vallée de l’Aude, qui vise à mettre en commun un atelier, des matériaux de construction récupérés, des machines. Mais aussi à apprendre à s’en servir, à apporter chacun son expérience et en fin de comptes permettre à chacun de se rendre autonome, pour se détacher du système consumériste en faisant soi-même.

A noter une expérience un peu similaire à Ladern-sur-Lauquet où un collectif a investi dans du matériel de bricolage que chacun peut louer, avec aussi un partage des savoirs.

La Répartie se veut aussi un réseau dont chaque membre peut être formateur. Tonio constate : « Nous avons eu quelque 300 contacts ; presque tous sont demandeurs, consommateurs. » Alors que la démarche est plutôt de devenir autonomes par rapport à l’argent, de faire soi-même ce dont on a besoin plutôt que de travailler à gagner de l’argent pour s’acheter des choses.

Christian note qu’il y a « un formatage à la dépendance ». « En termes d’alimentation et de santé », dit Moutsie, « on nous a dépossédés de notre savoir, nous avons perdu confiance en nous. » « Il y a une dévalorisation des savoirs traditionnels », ajoute Christian.

Pour Pascal, « le savoir est devenu un bien marchand, avec par exemple des formations à 2 000 € la journée. »

Une autre partie du débat s’est portée sur la gratuité. Moutsie cite l’expérience des stages qu’elle propose avec L’Ortie : « Jusqu’à quel point je partage et jusqu’à quel point je mets un prix, sachant que c’est mon gagne-pain ? Au-delà du paiement d’une prestation, il y a don et échange sur le suivi. Il faut trouver l’équilibre entre les deux. »

Une autre intervenante évoque la notion de temps : « Pour partager il faut avoir du temps ou s’en donner ».

Partager le logement : un projet de coopérative de logement

Baptiste Mylondo a présenté son projet de coopérative immobilière qui vise à sortir le logement du marché. L’investissement en commun permettra d’agrandir progressivement un parc de logements coopératifs.

« Le logement devrait faire partie des biens communs », estime Baptiste Mylondo1. Au contraire, la réalité c’est que le logement est un secteur d’exclusion à cause de la propriété immobilière lucrative qui permet à celui qui dispose de capital immobilier de tirer un revenu aux dépens du locataire.

L’idée de coopérative immobilière que Baptiste Mylondo propose à Lyon a pour but de sortir le logement de la spéculation, de favoriser un accès de tous à un habitat digne et de répondre à l’envie d’un habitat plus collectif, plus écologique, plus participatif.

Les coopératives d’habitants s’appuient sur la loi Alur. Le principe est de regrouper des investisseurs (ayant plus ou moins de moyens), qui deviennent propriétaires de parts sociales de la coopérative, qui peuvent aussi en être locataires. L’objectif est de regrouper 50 à 200 coopérateurs habitant une même ville, par exemple, mais pas forcément le même bâtiment ou le même quartier. L’achat des logements peut se faire à crédit, si besoin. L’important est que l’achat est réalisé une seule fois et que la participation de chacun sert à agrandir la coopérative. Et même, la constitution d’un capital par la coopérative permet à celle-ci d’emprunter pour acheter d’autres logements.

Le coopérateur, pour sa part, est propriétaire de parts sociales (qui peuvent être cédées selon certaines conditions), mais pas du logement. Il est locataire de son logement dont il verse le loyer à la coopérative.

La dynamique vertueuse mise en place permet à terme d’accueillir de plus en plus de personnes, y compris avec peu de revenus. La mutualisation des biens permet d’abaisser les loyers dont la finalité, à terme, est surtout de couvrir les charges d’entretien.

On peut aussi envisager de fédérer plusieurs coopératives de ce type pour agrandir le système plus vite.

Baptiste Mylondo a tenu six conférences sur ce thème dans son quartier lyonnais. Il a enregistré 200 personnes intéressées par le montage d’un projet. Ce sont en majorité des personnes à faible revenu d’un quartier populaire. La faible capacité d’investissement demandera plus de temps mais n’est pas un obstacle majeur.

Myriam, qui milite depuis des années au DAL (Droit Au Logement), est intervenue, au moment du débat, pour noter que l’on compte 10 000 logements vacants à Bordeaux, par exemple. La pénurie de logements dans cette ville est renforcée par la « gentrification » (embourgeoisement) du centre-ville et la pression touristique. Dans cette mégapole comme dans d’autres, la loi de l’argent s’impose contre celle de l’accès au logement.

Voir aussi Habicoop

La Belle Aude : partager le travail

Les Scop, en principe, privilégient non pas le profit mais l’autogestion et l’éthique.

L’Atelier « Partager le travail » a tourné autour de l’expérience de la Scop « La Fabrique du Sud » (Carcassonne), plus connue sous sa marque commerciale de crèmes glacées La Belle Aude. Alors que les actionnaires avaient décidé de fermer cet établissement, les salariés ont décidé de créer leur propre entreprise, sous forme de Scop. Ils perpétuent la marque tout en ayant choisi une orientation nouvelle : il ne s’agit plus de privilégier le profit mais de décider ensemble, d’être bien au travail et de « donneur de la valeur au produit ».

« Les coopératives sont très peu valorisées en France », regrette Christophe Barbier, le président de La Fabrique du Sud. « Elles sont pourtant une solution pour créer et pérenniser l’emploi. »

Dans la Scop, le pouvoir n’est plus lié au capital mais au principe « un homme une voix ». Dans la mesure où l’on décide ensemble, il est important de communiquer beaucoup et d’apporter de l’attention à la résolution des conflits de personnes. « Il ne suffit pas d’avoir des résultats économiques, il faut garder l’unité entre nous. »

Les écarts de salaires à La Fabrique du Sud vont de 1 à 1,5 (de 1 350 à 1 950 €), de 1 à 2,1 si l’on inclut le cadre commercial, payé 2 850 € (condition sine qua non pour en trouver un sur le marché du travail).

Sur le plan économique, la Scop a changé de stratégie. Les glaces La Belle Aude étaient vouées à fournir les marques nationales et les marques de distributeurs (grande distribution). La Scop a cherché plutôt à valoriser les richesses de proximité : ainsi, elle s’approvisionne en fruits (abricots, poires, pêches) auprès d’un producteur de Sallèles-d’Aude. Pour le lait, elle n’a pas encore trouvé de fournisseur local ; des contacts sont pris du côté du Tarn. Alors que la plupart des fabricants de crème glacée travaillent avec de la poudre de lait, La Belle Aude utilise du lait (de vache) entier, qui a une plus grande valeur nutritive et gustative.

Pour la vanille, la Scop se fournit en vanille malgache de qualité (à maturation optimale). Elle traite sans intermédiaire avec une société familiale qui fait travailler un village et dont une partie des bénéfices a été dédiée à la construction d’une école.

Une réflexion est en cours sur la façon de se diversifier, peut-être en ouvrant des boutiques franchisées, ou en travaillant des produits pour la restauration.

La discussion en vient sur le Réseau coopératif travail autogestion (Recota), qui défend une vision puriste des Scop face à l’Union régionale des Scop. « L’Union régionale », explique Christophe, « tend à banaliser les Scop en les incitant à faire de l’argent ; on voudrait qu’elle parle aussi d’autogestion, d’éthique. »

Des livres sur la coopération :

. Christophe Dejours, Travail vivant (2009), Tome I Sexualité et travail, Tome II Travail et émancipation.

. Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne (1958).

* * * * *

1 Baptiste Mylondo, enseignant en philosophie économique à l’Institut d’Études Politiques de Lyon (théorie de la justice appliquée à l’économie et critique de la croissance), est intervenu lors de ces Rencontres 2017 sur le revenu inconditionnel. LIEN

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