Les ateliers

Atelier 1 : La peur et ses multiples visages

A partir de nos peurs nous avons réfléchi sur leurs causes, et sur la façon de les combattre.

Nous avons mis toutes les formes d’ignorance, toutes les désinformations, illusions, dénis, clivages. Nous avons mis ensuite la peur de l’engagement personnel et de l’engagement collectif. Pourquoi sommes-nous inhibés, en difficulté, chaque fois que nous devons parler en public, essayer de nous faire entendre ?

Nous nous sommes rendu compte que les représentations que nous nous faisions des choses, des personnes avaient un poids très important. Et nous nous sommes livrés à un petit exercice : lors d’une promenade botanique, banale, dans un parc éolien, arrivent trois gendarmes ; nous avons demandé à chacun d’entre nous comment il réagissait ; nous nous sommes rendus compte qu’il y avait de la colère, de la peur, mais que tout cela était guidé par des représentations et par nos histoires personnelles.

Ce que nous voulions faire ressortir c’est que ça se passe dans l’émotion, mais en même temps qu’est-ce que c’est que cette émotion ? Il y a plusieurs possibilités : la prise de conscience, la distance. Après, il y a des façons de travailler avec des questionnements, les liens, le dialogue : l’autre, qu’est-ce qu’il est, qu’est-ce qu’il veut, pourquoi il m’interroge, sur quoi suis-je profondément agressé ? Nos peurs, on a d’abord à en prendre conscience, puis à les accepter et enfin à les transformer.

Nos peurs sont des émotions qui empêchent beaucoup d’entre nous (et on peut penser aux parents et aux grands-parents que nous sommes) de transmettre nos valeurs. Et il a été évoqué, par une jeune, que ce n’était pas le refus de communiquer ensemble, c’était d’abord les occasions qui manquaient, qu’on ne savait plus faire ensemble et qu’il y a une méconnaissance de l’implication des jeunes. Notre génération avait une culture de l’engagement, les jeunes ne l’ont plus, il faut bien qu’ils l’apprennent quelque part mais on ne sait pas la transmettre…

Or, selon comment on regarde la peur, soit on l’investit dans l’extérieur soit on se replie sur soi-même. D’où l’importance de la relation avec l’autre qui permet de créer un cercle vertueux.

Atelier 2 : Convergence des luttes et expérience des gilets jaunes

Il y a eu beaucoup de partage d’expérience.

On a essayé de faire des catégories dans les peurs.

Il y a les peurs qui sont liées à soi-même : peur de l’autre, de la violence physique et morale, de la marginalisation, des effets de l’engagement, la peur de la remise en cause de notre mode de vie.

La peur de s’engager dans un groupe : peur de l’inconnu, de la différence, de perdre son identité.

La peur de s’engager dans une cause : peur de la répression et de l’instrumentalisation (avec l’exemple des Gilets jaunes et la peur d’une récupération par l’extrême-droite).

On a ensuite parlé du courage :

Il peut être lié à la prise de conscience : passer d’une posture idéologique à une réflexion pour construire la société, nécessité de résister à la violence d’État, modes de résistance (Nuit Debout, Gilets jaunes…).

Le courage c’est aussi passer d’un engagement local à un engagement plus large.

Créer du lien.

Écouter la parole des minorités, solidarité.

Mettre en action les valeurs de François de Ravignan.

Expérimenter la démocratie directe (municipalisme libertaire).

Le courage peut être lié à la réussite d’une action. Exemple de Stop Bitume.

Atelier 3 : Peur et violence d’État

On a d’abord cherché à circonscrire les formes et les évolutions des violences d’État puis on a réfléchi à comment leur résister.

Il y a plusieurs formes de violence, ce qui vient tout de suite en tête c’est la répression physique sur les corps, les coups de matraque, les gaz lacrymogènes, la mise en détention ; mais il y a aussi une autre forme de violence plus insidieuse, avec par exemple la surveillance, la reconnaissance au faciès (les vidéos, etc.), la judiciarisation (de plus en plus de militants qui sont condamnés, les montagnes de loi liberticides), l’asservissement visible et invisible de la population.

Il y a aussi l’injonction à la consommation, les outils comme Linky et la collaboration entre l’État et les grandes entreprises pour mettre la population tout le temps sous surveillance.

Nous considérons que le but de cette violence de l’État c’est de créer la peur pour tétaniser les populations.

Il y a une violence économique très organisée, c’est celle du chômage ; les gens ont peur de perdre leur emploi et il y a un grand débat entre l’écologie, le bien-être local et l’emploi. Les petits salaires qui empêchent les gens de faire grève ou de se révolter.

La mise en œuvre en 2015 de l’état d’urgence, sous prétexte du terrorisme, pour limiter les libertés.

Le logement, la peur de le perdre ou de ne pas en obtenir.

Ensuite, on a discuté de notre rapport à l’État ; on n’est pas arrivés à un consensus. Il y a ceux qui considèrent que c’est avant tout une force d’oppression et ceux qui disent : l’État est aussi en nous, il y a un gouvernement qui a été élu et l’État génère 56 % du PIB, il y a les routes, les écoles, donc on est tous utilisateurs des bienfaits ou des malfaisances de l’État. Ça nous oblige à réfléchir à notre collaboration, voire notre soumission.

On a noté que la répression est aussi un marché, où la France est bien placée.

On assiste à la multiplication des attaques du gouvernement contre les citoyens et le bien public : la réforme des retraites, la privatisation de l’aéroport de Paris… Il y a une stratégie de multiplier les attaques sur les acquis sociaux.

Nos actions et réactions par rapport à ça :

Il faut de la continuité dans les actions. Il y a plusieurs formes de radicalité qui s’inscrivent soit dans la violence, soit dans la désobéissance civile, dans la non-violence.

Il faut renverser la peur, que l’État commence à avoir peur. C’est ce que les Gilets jaunes ont réussi ; ça a poussé Macron à quelques concessions.

Il faut inventer de nouvelles formes de contestation : Linky, les Gilets jaunes, sortir des manifestations traditionnelles, aller vers la désobéissance civile, le fauchage d’OGM, les pisseurs volontaires… et les black blocs, qui ont des formes d’action violentes, qui surprennent l’État, certes les média s’occupent de les discréditer, mais c’est une forme de réaction. Ou alors les clowns activistes, l’humour, les décrochages des portraits de Macron.

Il faut se battre contre l’entrave au droit de grève, pour le droit de retrait.

On a aussi tendance à fonctionner dans un entre-soi. C’est important de prendre en compte le niveau d’implication de chacun ; le courage, ça peut-être simplement de signer une pétition ; tout est important.

Il faut faire de l’éducation populaire, déconstruire le langage dominant.

Quand l’État cherche à concentrer, à contrôler, nous nous cherchons à relocaliser, à décentraliser et à être le plus proches possible des centres de décision nous concernant. C’est aussi une réflexion sur la démocratie.

Atelier 4 : la domination masculine

La domination masculine et la peur.

– Pourquoi les violences masculines sont politiques.

Construction d’un système de domination : hiérarchie, verticalité, patriarcat, religion, médecine (contraception féminine), l’État et ses lois, famille, éducation.

– Quels types de peurs génèrent ces violences masculines ?-

Rejet social, agression, violence (verbale, physique et psychologique), harcèlement, peur de l’autre par nos différences (masculin et féminin).

– Comment lutter ?

Prise de conscience des rôles (féminin, masculin), changer d’attitude, déconstruire ces rôles.

Méthodes de lutte non-violentes, écriture inclusive

Se regrouper : à plusieurs on est plus fortes.

Acception par les hommes de perdre leurs privilèges.

Lutte sur tous les fronts.

Conclusion : il faut du respect de l’humain, du vivant, de la nature pour qu’il n’y ait pas de domination.

Au-delà de cette synthèse, quelques réflexions :

– La domination masculine est violente parce qu’elle est intégrée (dans les mentalités), même si on vit avec quelqu’un de très gentil.

– Pinar : 2 % des naissances en France sont intersexe. On est dans la binarité : il faut absolument que ces bébés soient fille ou garçon.

– Luc : Le fait d’être homme ne protège pas de la violence masculine. « Moi-même, j’en ai peur ».

– Pinar : Je ne me sens pas dominée par les hommes en France ; c’est peut-être une question d’attitude (de ma part).

– Il y aura des dominants tant qu’il y aura des dominées. Ce sont souvent les femmes qui font l’éducation et transmettent des valeurs de domination masculine.

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