François et le partage : équité, inclusion, démocratie

La notion de partage de François de Ravignan s’appuyait sur une pensée radicale qui passait par l’accès de chacun aux moyens de production, la critique de la croissance, un monde plus rural organisé beaucoup plus localement…

Pour préparer cette intervention sur « Le partage vu par François de Ravignan », en vue de ces Rencontres 2017, Pascal Pavie a effectué des recherches et a constaté que « François n’en parle pratiquement jamais… Et j’ai compris pourquoi : François parle d’équité, d’exclusion, de démocratie. En cela on retrouve la pensée de François, qui a été très engagé dans le mouvement social et paysan, qui a été à la Confédération Paysanne, a créé l’Adear et qui a fait plein de choses dans le Tiers monde, auprès des exclus ».

« C’était aussi un chrétien engagé, un peu en rupture avec cette pensée de la charité chrétienne qui perdurerait dans une monde où il y a des riches et des pauvres, où les pauvres vivraient de charité chrétienne. »

« Il y a quelque chose de bien plus radical dans la pensée de François qui le rapproche de l’idéal communiste, du vrai partage, de l’équité, une pensée originale qui s’oppose dans notre époque au libéralisme, qui va plus loin que le social, la démocratie. François ne parle pas de partager les richesses mais les moyens de production ; il n’est pas pour autant marxiste ; il parle du partage des moyens de production mais dans chaque pays avec sa façon de vivre. Il ne veut pas d’un modèle à la soviétique ou d’une collectivisation générale de la terre mais il parle de partage de la terre. »

« C’est une pensée en marge des bien-pensants que l’on retrouve dans toutes les institutions internationales, la FAO, etc. qui pensaient qu’il fallait produire, produire, produire et partager après. François avait compris que ce modèle ne pouvait pas fonctionner, que chacun devait retrouver, au niveau des régions, des villages, des pays, la souveraineté alimentaire donc la capacité à produire chacun et non pas faire ce qu’on appelait la charité chrétienne et qu’on appelle aujourd’hui redistribution, quelque chose qui fait sourire aujourd’hui puisque notre cher président Macron parle de théorie du ruissellement : c’est-à-dire que les riches doivent devenir plus riches pour que cela ruisselle sur les pauvres. C’est vraiment opposé à la pensée de François qui dit : il n’y a pas de ruissellement des richesses si elle n’est pas faite de manière autonome par les communauté. Donc ce n’est pas seulement un problème de partage des richesses, c’est aussi le partage du pouvoir économique. François cite souvent Gandhi qui disait : [« Ce que nous voulons, ce n’est pas une production de masse mais une production par la masse. »] Il n’est pas question de produire plus mais de produire chacun. »

« Cette critique de François a été aussi une critique du développement agricole aussi bien dans nos pays que dans les pays pauvres et il s’est opposé aux grands économistes comme Amartya Sen qui était dans les théories d’accroissement de la production. François était quelqu’un d’assez clairvoyant, il voyait que le productivisme, au contraire de régler les problèmes de la pauvreté, allait les accentuer. Le temps lui a donné raison : aujourd’hui, malgré une importante progression de la productivité en 50 ans, les pauvres sont toujours plus pauvres ; d’après Oxfam, les 1 % les plus riches de la planète possèdent 50 % de la richesse mondiale. Jamais on n’a autant produit, jamais il n’y a eu autant de pauvres, et jamais si peu de riches. »

« Cela a amené François à critiquer le développement et la croissance de manière très radicale. Il parlait à un moment de l’idéologie totalitaire de la croissance pour maintenir le système en place, qui a imposé un système de développement qui menait le monde à de plus en plus de pauvreté d’un côté et de plus en plus de richesse de l’autre. »

« Lors d’une conférence de la Confédération Paysanne à Limoux, François avait dit : [« En dépit des constats sur les limites et les dégâts de la croissance, il est évident que la déconstruction de ce système ne se fera jamais chez les riches ; la seule décroissance possible est alors une décroissance forcée, qui aura pour effet un conflit, une pénurie ou les deux ensemble ; plus nous attendrons, plus les conflits seront dramatiques. »]

« C’était une pensée réellement radicale, pas du tout dans l’angélisme qui croit que par une espèce d’humanisme ambiant dans la société on va arriver à régler le problème de la pauvreté. »

Dans « La Faim pourquoi ? », François de Ravignan décrit l’exclusion que subissent les populations paysannes.

« Une autre citation de Gandhi : [« La vraie démocratie ne viendra pas de la prise du pouvoir par quelques uns mais du pouvoir que tous auront un jour de s’opposer aux abus d’autorité. »] François se méfie aussi de l’État nation, je pense que derrière ça il rêvait d’une société qui revenait sur un monde plus rural, organisée beaucoup plus localement ; dans ce sens, il se démarque aussi des avant-gardes révolutionnaires qui pensent qu’il va y avoir un mouvement révolutionnaire et que c’est par l’État nation que les changements se produiront. Cette pensée très radicale de François s’accompagnait d’une pensée très alternative : c’est là où l’on est que les changements peuvent se faire. Il a toujours soutenu les initiatives locales, les petits projets étaient porteurs de sens pour lui et l’émanation de tous ces petits projets pouvait créer des alternatives, faire modèle. On voit que cela a du sens : localement des choses se sont faites malgré le rouleau compresseur du productivisme. »

« Ce qui est le plus intéressant dans la pensée de François c’est que le partage était dans sa tête, chaque fois qu’il analysait un changement, qu’il visitait une société, par exemple en Andalousie les grandes propriétés étaient en train de s’équiper de machines pour désherber la betterave, les grands propriétaires disaient : [« On va augmenter la productivité ».] Lui, chaque fois, posait le problème : [« Combien de chômage cela va créer ? »] alors que les ouvriers agricoles avaient à peine assez de travail pour survivre. »

« François interroge la modernité, ce n’était pas quelqu’un d’archaïque, il ne voulait pas que les paysans reviennent à la houe. Il demandait : [« Cette modernité, qu’est-ce qu’elle produit ? L’exclusion ou un réel progrès dans la vie de chacun ? »]

« Sur le partage du travail Coluche disait : [« Le travail on vous le laisse, l’argent nous suffira. »] En ce sens, François n’était pas du tout coluchien, pour lui ce n’était pas l’argent qui comptait mais l’intégration par le travail ; il pensait que le partage du travail était quelque chose de très important et ce n’était pas simplement la répartition des richesses qui comptait. »

« François n’était pas un libéral, il pensait qu’il fallait protéger les marchés agricoles. Il n’était pas social-démocrate, il ne pensait pas que la social-démocratie répartirait les richesses entre tout le monde ; c’était plutôt un autogestionnaire et pas du tout un réformiste, il s’intéressait aux changements radicaux que pouvait produire le syndicalisme, il s’intéressait à la réforme agraire, à la répartition des terres, il avait été un participant très actif à un congrès sur le foncier que nous avions organisé dans l’Aude. »

« François s’est engagé politiquement. Proche des Verts (comme René Dumont, avec lequel il avait cheminé), il avait fait partie de leur liste aux élections régionales dans les années 80 ; il adhérait à la Confédération Paysanne et avait applaudi à la naissance de Via Campesina ; il avait soutenu les ouvriers agricoles d’Andalousie, le Mouvement des Sans Terre au Brésil, Ekta Parishad en Inde 1. »

« François pensait aussi que beaucoup de choses passeraient par la culture. Il disait : [« C’est d’abord la parole qu’il faut reconnaître et partager, il faut donc agir dans le domaine politique et culturel avant d’agir sur l’économique. »] Il disait que la pensée démocratique était en panne dans notre pays et qu’il fallait l’approfondir. »

« Il ne croit pas aux lendemains qui chantent et disait : [« Finis les lendemains qui chantent, c’est aujourd’hui qu’il faut chanter sans attendre demain. »]

« Il critiquait la notion de crise : [« On ne peut pas dire : on va attendre la fin de crise ; non, c’est aujourd’hui qu’il faut faire des choses. »]

« Dans La Faim Pourquoi, il souligne la nécessité de lutter contre la triple exclusion du travail, de la terre et du marché. »

« Enfin, il disait : [« Poser ici et aujourd’hui des actes justes, c’est cela espérer. »]

La nécessité de parler, et de parler juste

Clothilde apporte une autre dimension aux propos de Pascal. « Avec François », dit-elle, « nous avons énormément partagé sur la nécessité de parler et de parler juste ; c’est quelque chose qui nous a construits et l’un et l’autre. Après son départ, je me suis demandé comment j’allais vivre sans François ; au fond, son sens de la justice, de la justesse n’arrête pas de m’accompagner. François croyait profondément en l’Homme, en sa capacité de retrouver la justesse, de sortir de l’endoctrinement. Il citait souvent Simone Weil, la philosophe : [« L’attention à ce qui nous entoure est une forme première de sainteté. »] François me disait : [« Fais attention, va jusqu’au bout de tes gestes. »] Il avait le goût de la chose bien faite, il était très rigoureux, dans l’humour, dans la joie ; il était très grave, j’avais parfois l’impression qu’il portait le monde sur ses épaules et il avait une capacité d’humour extraordinaire, il exprimait la rigueur dans la joie, l’humour et le partage. »

Pascal poursuit pour dire que François savait aussi partager les moments conviviaux comme le travail (aider à transporter les ruches, à tailler la vigne, redresser des clôtures…).

(Pascal) « Après, on peut se poser la question sur la finalité politique : le monde qu’il espérait ne se construit pas, il est en train de se déconstruire j’ai l’impression, en France. Quand je me suis installé comme agriculteur nous étions 15 000 dans l’Aude, aujourd’hui nous sommes moins de 5 000, en l’espace d’une génération on a perdu les deux tiers des exploitations, celles qui restent ce sont surtout les plus grosses, pas celles que François aurait admirées. »

Le maire de Greffeil, Jean-Paul Escande, a un autre avis : « François était un visionnaire. Contrairement au plan économique, sur la vie collective en milieu rural aujourd’hui nous avançons ; beaucoup de petits villages deviennent plus actifs, avec du lien social ; en 1976, il n’y avait pas d’enfants dans le village (…) aujourd’hui il y en a 6 au primaire et des petits en maternelle, cela me donne de l’espoir. »

Pascal : « On a stoppé l’exode rural, pas l’exode paysan. »

Alistair : « Il y a des villages qui bougent, plus ou moins. Le facteur humain est important, on le voit quand le maire et deux, trois, quatre habitants construisent des ponts entre les natifs et les adoptifs. »

Habib : « François attachait de l’importance à mutualiser des espaces communs. Avec 26 associations de Toulouse nous avons créé le Centre d’information pour un développement solidaire (Cides), qui existe toujours (…) François s’était engagé auprès des exclus, dès les années 50 (…) A Greffeil, il disait [« l’universel, c’est le local »] (…) Il appelait aussi les jeunes étudiants à désacraliser les méthodes et disait [« Un questionnaire c’est une fermeture sur une réalité que vous ne comprenez pas encore ; essayez d’observer, de comprendre, parce que les paysans sont plus savants que vous (…) Ce qui est important, c’est la soupe, pas la casserole ; nos méthodes occidentales, si elles ne sont pas adaptées il faut les jeter, adapter tous ces outils pour avoir une bonne soupe. »]

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1 Ekta Parishad : syndicat des sans terre en Inde, d’inspiration gandhienne. François participa là-bas à de longues marches pour reconnaître les droits de ces paysans. Il était proche du leader de ce syndicat, Rajagopal.

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Ce texte rejoint celui que Pascal avait rédigé en présentation de ces Rencontres 2017.

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François de Ravignan sur le partage

Les journées 2017 des Ami-e-s de François abordent le thème du partage. Pascal Pavie a dressé une synthèse de notes et d’articles de François de Ravignan sur ce thème. La voici :

Étonnamment cet homme engagé toute sa vie au service et au milieu des plus pauvres ne parle presque jamais de partage, l’occurrence de ce mot dans ses écrits est très faible.

Notre agronome préfère parler d’équité, d’exclusion, de démocratie sans doute parce que le partage est connoté moralement et suppose qu’il y ait toujours des riches pour que le partage existe.

Mais chez François de Ravignan la critique du développement, celle du développement durable et celle de la croissance sont irriguées en permanence par le souci du partage et l’espérance d’un bonheur commun à tous.

En cela François est fidèle sans doute à l’idéal chrétien, mais aussi sans le reconnaître clairement, à l’idéal communiste sur le partage des moyens de production, insistant très souvent sur la nécessité du partage de la terre pour les paysans a contrario des « développementistes » qui croient à la possibilité du partage de la production. En cela il va plus loin que l’esprit caritatif que l’on trouvait et que l’on trouve encore dans de nombreuses ONG s’occupant du Tiers Monde ou de la pauvreté en général, il s’attaque aux économistes libéraux y compris ceux qui se drapent de la préoccupation de la réduction de la pauvreté comme Amartya Sen, économiste indien qui fut prix Nobel d’économie et véritable vedette des instances internationales, de la FAO à la Banque Mondiale.

François cite souvent Gandhi : « ce que nous voulons ce n’est pas une production de masse mais une production par la masse ». En cela il se distingue nettement du credo des libéraux qui croient encore aux retombées positives de l’accroissement de production d’une économie productiviste contrôlée par une minorité au bénéfice ou au détriment des pauvres. C’est là un conflit latent et permanent avec les chrétiens qui ne voient le partage que dans la charité des riches vers les pauvres. François est plus dans cette pensée du partage politique que dans celle d’un partage humaniste. Il enseigne que les changements doivent être réellement dans les structures de production, il y a une sorte de lutte des classes permanente chez lui entre les riches et les pauvres ; son objectif n’est pas tant le partage des richesses mais celui du partage du pouvoir. Le pouvoir étant entendu comme celui de l’autonomie de chaque homme et chaque femme de pouvoir se nourrir et décider de son idéal de vie. Là il se détache des marxistes qui eux construisent un idéal de vie commun à toute l’humanité basé sur un confort matériel commun à celle-ci. Pour ce partage qui doit conduire à l’autonomie, il considère qu’il faut rompre avec la culture occidentale de la croissance, qui impose un modèle unique de développement calqué sur le développement des nations impérialistes, François préférant le terme « colonisatrices » ! Ce modèle, il le prouvera durant toute sa carrière, ne convient pas aux différents peuples et en plus il est un imaginaire impossible à accomplir, François se rendant compte très tôt, comme agronome, des limites écologiques de la planète. La croissance est pour François une idéologie totalitaire pour maintenir le système en place ; les faits lui donnent plus que raison puisque les écarts de richesse n’ont cessé de se creuser entre pays riches et pays pauvres et entre les plus riches et les plus pauvres.

Lors d’une conférence à Limoux en 2002, il ne pourra être plus clair : « en dépit des constats sur les limites et les dégâts de la croissance, il est évident que la déconstruction de ce système ne se fera jamais chez les riches. La seule décroissance possible est alors une décroissance forcée, sous l’effet de conflits ou de pénuries ou des deux ensemble. Plus nous attendrons plus ces conflits seront dramatiques. »

Pas d’angélisme chez ce chrétien écolo de gauche ! La lutte des classes est inévitable !

Sur le partage du pouvoir notre ami ne croit pas à une révolution menée par une avant-garde éclairée. Là aussi il reprend les propos de Gandhi :  « la vraie démocratie ne viendra pas de la prise de pouvoir de quelques uns, mais du pouvoir que tous auront un jour de s’opposer aux abus de l’autorité ». Il se méfie de l’État nation et rêve d’un retour ou d’un nouveau monde organisé très localement où chacun trouve sa place.

François opposera souvent dans ses réflexions le développement au partage ou à l’équité ; exemples à l’appui il donne la preuve que les plans de développement de type révolution verte en Inde ou ailleurs ne font qu’accroître les inégalités avec les plus pauvres même si ces plans parviennent effectivement à accroître la production. Il s’agit bien aussi du regard d’un chercheur sur non pas des chiffres qui annoncent des bons résultats de production mais surtout sur la répartition de ces nouvelles richesses produites. Les faits ne font hélas que lui donner raison à l’heure où Oxfam annonce que 1 % des plus riches de la planète possèdent, en 2017, 50 % des richesses, alors que la production n’a cessé d’augmenter.

La plupart des chercheurs, des économistes, des dirigeants politiques, de ceux qui sont aux commandes des grandes institutions mondiales comme le FMI, la Banque Mondiale, la FAO et de nombreuses ONG y compris de celles qui se préoccupent sincèrement de réduire la pauvreté, n’ont comme boussole que l’augmentation de la production, celle du PIB, ou au mieux celle du salaire ou du revenu moyen. François cherchera toujours dans ses analyses ce qu’il advient des plus démunis, des paysans sans terre, des ouvriers agricoles, des chômeurs, des parias au bas de l’échelle. L’ingénieur agronome qu’il est ne se satisfait pas des améliorations de productivité, il est aussi sociologue pour expliquer les phénomènes d’exclusion dans l’application des politiques de développement ou celles devant nous amener la croissance. C’est aussi pour lui un combat sémantique, une dénonciation permanente de ceux qui veulent nous faire confondre croissance et plein emploi, développement et fin de la pauvreté, progrès et bonheur.

Progrès et modernité.

Le chercheur agronome était très suspicieux sur l’introduction de la modernité dans les techniques de production. Il se pose toujours la question des effets directs et immédiats sur la société ; la mécanisation ou la motorisation de l’agriculture sera considérée avant tout sur son impact social : un tracteur en Inde c’est 7 fermes qui disparaissent, citant un vieux paysan de Normandie, un soc de charrue c’est un paysan en moins, en Andalousie la mécanisation ou l’introduction des désherbants dans les cultures vont entraîner du chômage chez les ouvriers agricoles. Il se rapprochera du SOC, le syndicat des ouvriers agricoles d’Andalousie, et soutiendra leurs efforts pour défendre leurs droits et surtout leur volonté de réforme agraire.

Équité ou répartition ?

« Le travail on vous le laisse, l’argent nous suffira », Coluche

François n’était pas coluchien ! Plus sérieusement il ne croyait pas aux politiques, même de type social-démocrate, dans leur capacité à répartir le bénéfice des améliorations de productivité ou celui de la croissance ou du développement. Il pensait même plutôt le contraire : les améliorations de production ne font dans nos systèmes politiques qu’aggraver les inégalités.

Démocratie, révolution ou anarchie ?

« Il faut rejeter l’idée qu’on peut partir d’en haut pour transformer la société de façon durable, cela est un héritage français de cette vache sacrée qu’on nomme révolution. »

François ne croyait pas aux avant-gardes éclairées, il n’était pas léniniste ! Toujours à l’écoute des gens d’en bas, il pensait que les changements viendraient de la base et des changements d’état d’esprit, plus anarchiste ou autogestionnaire sans doute que communiste donc. Mais si François ne croyait pas aux politiques réformistes de nos gouvernements il n’en était pas moins très politique, il s’était présenté comme son ami de jeunesse René Dumont aux élections régionales sur la listes des Verts et il croyait à l’importance et à l’efficacité d’un certain syndicalisme. Il a adhéré lui-même très tôt à la Confédération Paysanne, il a participé aux marches d’Ekta Parishad* en Inde, soutenu le SOC d’Andalousie, le MST (Mouvement des sans terre) brésilien et applaudi à la création du syndicat mondial des petits paysans Via Campesina, à leur revendication de souveraineté alimentaire.

Donc, l’équité ou le partage ne tombera pas du ciel il faut lutter !

L’économie :

François était agro-économiste mais très critique sur le primat de l’économie. « Celui-ci, devenu objectif social, génère exclusion et misère. Les classes moyennes justifient l’idéologie mondialiste et libérale, elle est un modèle attractif pour les pauvres qui pourtant ont 99 % de chances de ne pas y parvenir. Elle capte sans partage l’essentiel des gains de productivité et de la baisse des prix agricoles et industriels. »

Il faut sortir de l’imposture économique : « Si une société ne se donne pas comme objectif prioritaire le travailler-manger de tous, l’utilité sociale de tous, elle ne produira que de la misère »**

Culture et parole :

Pour François, c’est d’abord la parole qu’il faut reconnaître et partager. Il faut donc agir dans le domaine politique et culturel avant d’agir sur l’économique, c’est la démocratie qu’il faut approfondir.

Les moyens de parvenir à une société équitable :

A l’économie concurrentielle il oppose la solidarité, construire la souveraineté alimentaire au sein des nations et des régions, comme précurseur sur la nécessité de la relocalisation de la production.

« Finis les lendemains qui chantent, c’est aujourd’hui qu’il faut chanter sans attendre demain »

François croyait beaucoup à l’utilité des projets locaux, il ne déconsidérait pas les alternatives et pensait qu’il fallait plutôt construire des niches solidaires entre elles plutôt que de tenter de rentrer dans les créneaux.

A l’instar de son ami Majid Rahnema*** il partageait cette idée que lutter contre la misère n’est pas lutter contre les pauvres.

Lutter contre la triple exclusion : le travail, la terre, le marché

Enfin le partage c’était pour François la vie de tous les jours avec les uns et les autres. Partager une tranche de vie, partager un coup de main avec les agriculteurs pour relever des clôtures après une tempête, tailler la vigne, faire du pain…

« Poser ici et maintenant des actes justes c’est cela espérer. »

Pascal Pavie, en glanant des notes et des articles

* * * * *

*Ekta Parishad : syndicat des sans terre en Inde, d’inspiration gandhienne. François participa là-bas à de longues marches pour reconnaître les droits de ces paysans. Il était proche du leader de ce syndicat, Rajagopal.

** Intervention au salon Primevère à Lyon en 2001.

*** Majid Rahnema, ancien ministre de l’Iran exilé en France, décédé en 2015, auteur du livre « Quand la misère chasse la pauvreté ».

Programme des Rencontres 2017

Rencontres des Ami.es de François de Ravignan

10 novembre à Luc-sur-Aude, 11 et 12 novembre à Greffeil

Partager ?

Enfin partager…

Partage du temps, de l’argent, du bien commun,

du pouvoir, du travail, des savoirs…

Vendredi soir 10/11/2017 au foyer municipal de Luc-sur-Aude « Partage du pouvoir et démocratie »

  • 18h – Introduction de Greg pour une animation sur François (ou Habib)

  • 18h30 – Partage du pouvoir et démocratie: témoignage-débat : Intervention de Myriam, artiviste. A travers ses 30 ans de trajectoire de poétesse et de militante, elle témoignera des illusions et des exclus de notre « modèle démocratique », des luttes à l’œuvre et des pistes de changement…

Repas sur place.

  • 20h30 – Concert de Morice Bénin, chanteur, accompagné de Dominique Dumont à la guitare (au chapeau).

Samedi 11/11, salle municipale de Greffeil :

  • 9h30 – Introduction : « le Partage » vu par François de Ravignan, Pascal Pavie.

  • 10h30 – Le partage de la terre et des biens communs, Michel Merlet, AGTER.

  • 11h – Débat en plénière.

12h30 : Repas sur réservation avant le 5/11 au 04 68 47 12 83 : (10 €). Réservation des hébergements par mail (cosmoclo@orange.fr) ou au 04 68 69 46 30.

  • 14h – Le partage de l’argent, Baptiste Mylondo.

  • 14h45 – Débat en plénière.

15h30 : Pause

  • 15h45 – Constitution d’ateliers accompagnés par des réalisations concrètes de partage.

Présentation/introduction de 5-10minutes des personnes ressources invitées pour chaque atelier.

    • Atelier 1 – Le partage du pouvoir (dans l’entreprise) : l’expérience de La Belle Aude (ex-Pilpa).

    • Atelier 2 – Le partage des savoirs : par la Répartie (asso échange partage écologique).

    • Atelier 3 – Le partage du logement : Le projet de la Coopérative immobilière, B. Mylondo.

    • Atelier 4 – Est-ce l’argent qu’il faut partager ? : Christian Sunt et deux représentants de la Souriante, monnaie locale de la Haute Vallée de l’Aude.

18h15 : Pause

  • 18h30 : Plénière de restitution des ateliers.

20h : Repas sur place sur réservation avant le 5/11 au 04 68 47 12 83 : (12 €). Réservation des hébergements par mail (cosmoclo@orange.fr) ou au 04 68 69 46 30.

Scène partagée, amenez vos instruments, voix, mains, pieds… !

Dimanche matin 12/11, salle municipale de Greffeil :

  • 9h30 – Court-métrage sur François de Ravignan.

  • 9h45 – Le partage du temps.

    • Introduction par Clothilde de Ravignan.

    • Ateliers, débats, échanges…

  • 12h30 – Cercle de bilan des rencontres.

13h30 : Repas sur place sur réservation avant le 5/11 au 04 68 47 12 83 : (10 €). Réservation des hébergements par mail (cosmoclo@orange.fr) ou au 04 68 69 46 30.

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Pensez à réserver vos repas au 04 68 47 12 83 et votre hébergement par mail (cosmoclo@orange.fr) ou au 04 68 69 46 30.

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Texte de Pascal Pavie : François de Ravignan sur le partage