Les programmes de nos rencontres

(De la première rencontre, en 2012, à la dernière en date, en 2018).

Rencontres 2012

Les 23 et 24 juin 2012 au Domaine de Castillou (Luc-sur-Aude).

Samedi :

– Ensemble de musique médiévale Odysseus : « Le Sentier des Cantigas ».

– Film « Les mandarines et les olives ne tombent pas du ciel », en présence de la réalisatrice Silvia Pérez Vitoria.

Dimanche :

– Lecture du paysage avec Jean-Pierre Sany et Bernadette Lizet.

– François l’universel évoqué par quelques amis d’ailleurs (Maroc, Inde…) et par Clothilde, Habib, Pascal, Bernadette, Jean Louis…

– Conférence : “Agriculture sans faim ou fin de l’agriculture ?”

Rencontres 2013

« Des exclusions aux alternatives en milieu rural ». Les 21, 22 et 23 juin à Camps-sur-l’Agly.

Vendredi :

– Repérage des différentes exclusions : David Ferrasse, combattant de l’installation ; Patrick Herman, Les nouveaux esclaves du capitalisme : les ouvriers agricoles. ; Anne Laurent, Pays Corbières-Minervois ; Huguette Dubois, économie en milieu rural.

– Stéphane Linou, relocalisation/exclusion – Locavore.

Samedi :

– Interventions et discussions autour du livre de François de Ravignan « L’avenir d’un désert », Pascal Pavie (Confédération Paysanne) et un représentant de l’Adear ; Raoul-Marc Jennar et acteurs locaux sur l’exemple de l’Aude.

– Les alternatives, présentation générale .

– Interventions de Jacques Prades, auteur de « L’utopie réaliste » ; Emmaüs Lescar-Pau , une ferme alternative lieu de solidarité ; Daniel Cerezuelle (sciences sociales) ; Nick Bells et Martina, de Longo Maï (occupation de terre à Somonte, Andalousie) ; Silvia Pérez Vitoria (Via Campesina).

– Projection du dernier film de François Verlet.

Dimanche :

– Discussions, témoignages avec Richard Le Masson (Accueil Paysan) et Fred Tédesco (Adear) .

– Clôture et conclusion des rencontres.

Rencontres 2014

« La relocalisation, quelle nécessité et comment recentrer l’activité dans les campagnes ? » Les 21, 22 et 23 novembre au Lycée Charlemagne (Carcassonne) et à Greffeil.

Vendredi (au Lycée Charlemagne) : « Vers une agriculture de proximité ».

– Ateliers participatifs :

  • Les filières de production au niveau régional, comment combler le déficit ? (avec Pascal Pavie, viticulteur et apiculteur dans l’Aude, et Moutsie, de l’Association L’Ortie) .
  • L’expérience « locavore », quelles leçons à tirer ? (avec Stéphane Linou, conseiller général, et Jean-Claude Pons, maire de Luc-sur-Aude.).
  • Une distribution de proximité, le rôle du réseau Biocoop (avec Cécile Rousseau, agricultrice et co-gérante de Pays’en Bio à Castelnaudary, Alistair Smith, co-président de l’Association Coop Bio Floréal à Limoux, et Julie, de Nature et Progrès 11).
  • Les soutiens à la production locale (avec Vincent Villacampa, de la Chambre d’Agriculture, et Daniel Palop, de l’association Plein champs, de Couiza).

– Séance plénière, restitution des ateliers et débat sur les perspectives.

– Réunion publique : L’étude de Nature et Progrès Tarn sur l’autonomie alimentaire dans le Tarn, par Émile Guiral ; Présentation du plan Afterrre 2050, par Madeleine Charru, scénario de Solagro et sa dimension de relocalisation.

Samedi à Greffeil :

– Fidélité à un état d’esprit et nécessaires innovations, par Clothilde de Ravignan.

– Thème : VISIONS DE LA RELOCALISATION :

  • Christian Roqueirol, Confédération Paysanne, État des lieux planétaire et souveraineté alimentaire.
  • Gérard Poujade, maire du Séquestre (Tarn) et conseiller régional, Relocalisation de l’agriculture, de l’Énergie et de la Monnaie.

– Thème : EXPERIENCES PRATIQUES EN COURS  :

  • Habitat écologique, Alain Marcom.
  • Monnaies complémentaires en Ariège, Claude Fressonnet.
  • Filière laine, état des lieux avec Ardelaine et Longo Maï.
  • Filière bois-énergie, Christian Sunt.

– ATELIERS, Les savoirs à partager et ceux qui nous manquent pour avancer vers la relocalisation : Habitat écologique ; Filière laine  ; Monnaies complémentaires ; Bois-énergie .

Dimanche :

– Thème : STRATEGIES CITOYENNES ET POLITIQUES

  • Le danger du traité de libre échange, le Tafta, Agnès Bertrand .
  • La Chambre d’agriculture alternative du Pays Basque français (Euskal Herriko Laborantza Ganbara), Michel Berrocohirigoyen.
  • La Coopérative Intégrale de Toulouse, issue de l’expérience de la Coopérative Intégrale Catalane.

– Débat conclusif : Quelles démarches et stratégies citoyennes et politiques à construire pour accélérer la relocalisation ? Avec Jean-Claude Pons, maire de Luc-sur-Aude.

Rencontres 2015

« Courants alternatifs pour une crise multiple ». Les 20, 21 et 22 novembre 2015 au Lycée Charlemagne (Carcassonne) et à Greffeil.

Vendredi, au Lycée Charlemagne :

– Jean-Claude Pons. Les agricultures en pays arides et la gestion de l’eau (à l’intention des lycéens de cet établissement).

– Réunion publique, « L’impasse de la croissance « .

A partir d’extraits du film “Sacrée croissance”, de Marie-Monique Robin , conférence-débat par Pablo Servigne , auteur de “Nourrir l’Europe en temps de crise” et “Tout peut s’effondrer” , suivi d’un débat.

Samedi, à Greffeil :

– « Les énergies : courants alternatifs »

  • Présentation du scénario ‘Négawatt’ et débat participatif avec le représentant d’Enercoop Languedoc-Roussillon .
  • Confection en plénière d’un scénario de projet territorial énergétique, avec la participation des acteurs locaux et de personnes ressources (Xavier Phan, des représentants d’Enercoop LR, Energie Partagée, le projet solaire citoyen de Luc-sur-Aude).

– « Résilience et travailler autrement « 

  • Agriculture et résilience, par Pablo Servigne.
  • Balade découverte des plantes sauvages comestibles avec Moutsie.
  • Travailler autrement, présentation par Michel Lulek d’Ambiance Bois, entreprise limousine autogérée, et de son inscription dans son contexte local associatif, institutionnel et politique.

Dimanche, « Alternatives citoyennes et politiques  » :

– La mobilisation citoyenne en Europe face au traité de libre échange Tafta/TTIP, par Agnès Bertrand .

– Quel sens politique donnons-nous aux alternatives citoyennes ?

– Présentation du REPAS (Réseau d’Échanges et de Pratiques Alternatives et Solidaires) et des considérations de ses membres sur ce point, par Michel Lulek .

– Réflexions générales sur la dimension politique des alternatives par Michaël Dif.

– Débat conclusif en plénière: Quelles stratégies citoyennes et politiques à construire pour préparer l’avenir ?

Rencontres 2016

« Relier les courants alternatifs pour une puissance continue ». Les 10, 11, 132 et 13 novembre à Serres et Greffeil.

Jeudi à La Claranda (Serres), dans le cadre des « Conviviales ».

– Débat autour de la question « Pourquoi relier les alternatives ?« 

– Créons ensemble une carte des initiatives alternatives dans l’Aude.

Vendredi à Greffeil : « Les rapports entre les alternatives elles-mêmes« .

– Compte-rendu du débat de la veille suivi d’un débat mouvant « Relier les alternatives doit-il forcément avoir une finalité politique ? ».

– Michaël Dif : «Des forces éclatées à la puissance des réseaux ».

– Ballade botanique comestibles.

– Vincent Jannot, le réseau RELIER (Réseau d’Expérimentation et de Liaison des Initiatives en Espace Rural).

– Ateliers sur la base des questions suivantes et d’autres éventuelles ayant émergé des discussions précédentes : En s’appuyant par exemple sur notre carte des alternatives, nous réfléchirons à ce qui peut faire lien entre elles, de façon transversale ; Comment agir ensemble quand on a des centres d’intérêt différents ?

– Restitution en plénière du travail en groupes.

– Projection de « L’An 01 », de Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch.

Samedi, « Les rapports des alternatives aux Institutions« .

– Intervention filmée de Miguel Benasayag sur « Comment expliquer la non-émergence d’un mouvement populaire et politique en France, alors que les créations alternatives foisonnent ?« 

Fernand Karagiannis, conseiller municipal de Saillans, l’expérience de démocratie participative dans cette commune.

Bernard Ginisty (membre fondateur d’Attac) et Guy Roustang (directeur de recherche honoraire au CNRS) : « Repenser le rôle des institutions pour que les alternatives puissent jouer le leur.« 

Dimanche :

Clothilde de Ravignan : l’amicalité, en référence à la pensée de François de Ravignan.

– Hannes Lämmler, de la communauté Longo Maï, la gestion des rapports humains dans les projets collectifs.

– Helen Duceau, les outils du faire-ensemble, « Forum Ouvert » et « Lieux ouverts » (ou « tiers-lieux »), ou comment faciliter les rapports humains et relier les alternatives durablement.

– Bilan et propositions pour la suite des rencontres.

Rencontres 2017

Partager ? Enfin partager… Les 10, 11 et 12 novembre à Luc-sur-Aude et Greffeil.

Vendredi. « Partage du pouvoir et démocratie » :

– Introduction de Greg pour une animation sur François.

– Myriam, artiviste. La France est-elle en démocratie ?

– Concert de Morice Bénin.

Samedi :

– Pascal Pavie, Le Partage vu par François de Ravignan.

– Le partage de la terre et des biens communs, Michel Merlet, AGTER.

– Le partage de l’argent, Baptiste Mylondo.

Ateliers :

  • Le partage du pouvoir (dans l’entreprise) : l’expérience de La Belle Aude (ex-Pilpa).
  • Le partage des savoirs : par la Répartie (asso échange partage écologique).
  • Le partage du logement : projet de la Coopérative immobilière, B. Mylondo.
  • Est-ce l’argent qu’il faut partager ? : Christian Sunt et deux représentants de la Souriante, monnaie locale de la Haute Vallée de l’Aude.

Dimanche :

Court-métrage sur François de Ravignan.

– Le partage du temps, par Clothilde de Ravignan.

– Cercle de bilan des rencontres.

Rencontres 2018

« Le pouvoir local nous échappe, on s’en fout ? », le 9 novembre, 18h, salle Louis Costes à Limoux

Introduction aux Rencontres : Les Amis de François de Ravignan prolongent les réflexions abordées ces dernières années, en approfondissant l’importance de constituer des forces politiques locales regroupant le monde des alternatives et les milieux militants classiques (partis, syndicats, mouvements de jeunesse…). Il nous semble par ailleurs que les communes, constituant un des derniers lieux d’exercice direct du pouvoir citoyen, doivent absolument être investies et protégées. Et cela alors même que le pouvoir central cherche à les vider progressivement de leur substance et de leur pouvoir, notamment au travers de la loi Notre. Nous aborderons ces problématiques à travers la question concrète de la gestion municipale des services publics, et particulièrement de l’eau.

18h30 : Conférence gesticulée, « Méfiez-vous de l’eau qui dort. Les dessous du robinet » par Aurel

Quasiment tous les foyers français sont alimentés par un service public et une eau du robinet conforme aux normes sanitaires, le droit d’accéder à l’eau potable dans des conditions économiquement acceptables par tous est inscrit dans la loi … Tous égaux alors ! C’est ça la justice sociale ! Hum oui… ou pas…

Parce que quand même, les ressources en eau sont de plus en plus contaminées, le prix de l’eau n’arrête pas d’augmenter, de plus en plus de personnes ne peuvent plus payer leur facture …

Entre sociologie et récits de vie, de nombreux enjeux de notre société se révèlent dans un verre d’eau.

20h-21h : Repas et chants de La Chorale Militante

21h: Témoignages-débat: Des élu-e-s, notamment de Fa, Lespinassière, Limoux et Luc-sur-Aude, parleront de leurs luttes communales contre les conséquences de la loi Notre, notamment autour du maintien de la gestion communale du service d’eau potable.

L’étau se resserrant, faut-il commencer à envisager des actions intercommunales concertées de désobéissance civile, pour préserver notre pouvoir de modeler notre vie quotidienne politique et collective, en accord avec nos valeurs ? A un an et demi des municipales, il nous semble en tout cas primordial d’interroger les évolutions du pouvoir au sein de ces communes auxquelles nous sommes si attachés…

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Comprendre les origines de la crise de l’agriculture française pour construire une agriculture éco-responsable et humaine (RESUMé)

Ce texte de Jean-Pierre Jouany et François Xavier de Montard, directeurs de recherche honoraires de l’INRA, membres de l’association GREFFE (Groupe Scientifique de Réflexion et d’Information pour un Développement Durable), est le résumé d’un texte de 16 pages dans lequel les éléments présentés ici sont développés et illustrés. Voir le texte intégral.

I– Un constat accablant

L’agriculture française a subi des bouleversements profonds après la guerre de 1939-45 pour répondre à la pénurie alimentaire qui frappait le pays. La recherche d’une productivité maximale a conduit à des mutations majeures dont le remembrement des parcelles et l’agrandissement des exploitations, le drainage et l’irrigation, l’apport massif d’intrants, une sélection génétique basée sur le rendement, une simplification des assolements et une spécialisation des productions. L’autosuffisance alimentaire a été obtenue dès 1970 et le coût relatif de l’alimentation a alors considérablement baissé ; il représente 20 % du budget des ménages aujourd’hui contre 40 % en 1950. De nombreux acteurs interviennent désormais dans la filière agricole et la part du budget consacrée à l’alimentation allant effectivement aux agriculteurs n’est que de 4 %. L’essentiel de la valorisation se fait donc en aval de l’agriculteur qui, par ailleurs, supporte tous les risques.

L’intensification de l’agriculture a entraîné une profonde transformation de la société, de notre mode de vie et de notre environnement. Le nombre d’agriculteurs est passé de 10 millions en 1945 à moins de 1 million aujourd’hui, tandis que la population française augmentait de 27 millions. L’exode rural vers les villes a pu, un temps, être absorbé par le développement concomitant de l’industrie, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec le ralentissement de la croissance et la robotisation. Cette situation explique, en partie, la crise sociale et la situation de chômage endémique de notre pays.

La production de masse d’aliments standardisés, bruts ou transformés, de qualités gustative et sanitaire plutôt insatisfaisantes, arrivant souvent au consommateur après un circuit complexe et délétère pour l’environnement, caractérise une part dominante de l’agriculture actuelle. De l’usage très répandu des pesticides résulte une contamination généralisée de l’environnement et de la population, y compris des enfants, dont les effets négatifs sur la santé sont maintenant avérés. Du coût important et sans cesse croissant des consommations intermédiaires (engrais, pesticides, entretien des matériels et bâtiments, frais vétérinaires…), résulte un revenu par exploitant très insuffisant pour la moitié d’entre eux, malgré un travail éreintant. En outre, le mode de production dit « intensif » coûte cher en intrants, émet des gaz à effet de serre (GES) en quantités considérables et n’améliore plus les rendements. Le constat amer de crises à répétition de l’agriculture qui ne sont plus maîtrisées par les responsables européens et nationaux, impose une nouvelle forme de production de nos aliments qui soit autrement plus économe, autonome, écologique, diversifiée et humaine.

II – Des propositions innovantes

L’originalité des propositions des acteurs agricoles innovants qu’il faut soutenir préférentiellement consiste en l’articulation d’une gestion saine de l’environnement avec une économie prospère de l’exploitation agricole et une revitalisation du monde rural. Parmi ces acteurs, on peut citer les agriculteurs biologiques mais pas seulement tant sont riches les expériences réussies sur le terrain (élevage à l’herbe intégral, association cultures-élevage…).

Pour l’environnement, il s’agit de supprimer (ou réduire fortement) l’usage des pesticides, des engrais de synthèse et des émissions de GES, d’entretenir la biodiversité et les services écosystémiques, de concevoir des agro-systèmes produisant des aliments de grande qualité, d’économiser l’énergie, de repenser le travail des sols (technique de non-labour, semis direct, couverture végétale permanente)… Du point de vue économique, il s’agit de maintenir en nombre des exploitations de taille moyenne qui fourniraient des produits de qualité et qui participeraient à leur transformation et leur commercialisation pour tirer profit de la plus-value faite en aval de la production. Ce gain, associé à des investissements et des emprunts strictement raisonnés, à une réduction des consommations intermédiaires, à une régulation des prix favorable aux producteurs et à une orientation des subventions pour soutenir les fonctions multiples de l’agriculture, permettrait aux acteurs principaux de l’agriculture de vivre décemment de leur dur labeur.

Du point de vue de la société rurale et de la vie sociale, il s’agit de rendre possible à nouveau le recrutement de jeunes agriculteurs en nombre et d’encourager la participation des agriculteurs à l’organisation de leur filière à l’échelle locale, régionale et nationale. L’animation de ces forums serait confiée à des personnes totalement indépendantes des grandes coopératives et des firmes qui sont à l’origine des crises actuelles de notre agriculture.

Dans ces perspectives, les leviers d’action proposés sont les suivants :

1- Maximiser l’utilisation des ressources naturelles gratuites et illimitées comme l’énergie solaire et le gaz carbonique atmosphérique pour la photosynthèse, l’azote de l’air pour sa fixation symbiotique dans les légumineuses ; utiliser la couverture végétale permanente pour séquestrer du

carbone dans les sols et améliorer leur structure (humus) et leur capacité de réserve en eau.

2- Gérer soigneusement l’eau (maîtriser sa circulation en surface, alimenter les nappes phréatiques, réduire drastiquement l’usage des engrais azotés minéraux et des produits chimiques à l’origine des contaminations actuelles).

3- Libérer le commerce des semences paysannes pour préserver la biodiversité issue des millénaires de sélection paysanne, développer les associations et rotations de culture, l’agroforesterie, pour lutter contre les ravageurs et les maladies des cultures.

4- Limiter la fréquence des labours pour préserver le carbone séquestré dans les sols et associer étroitement élevage et polyculture pour améliorer l’autonomie et la résilience des exploitations.

5- Réduire l’utilisation de l’énergie fossile, développer la production de bioénergie à la ferme et réintroduire la traction animale lorsqu’elle se révèle avantageuse.

6- Fournir des produits alimentaires de qualité irréprochable dans des circuits courts ; intégrer l’agriculteur dans la chaîne de transformation et de commercialisation de ses produits au sein de laquelle les bénéfices seront partagés.

7- Rétablir la priorité de l’accueil des jeunes agriculteurs en faisant évoluer le rôle des Safer pour qu’elles interviennent réellement dans la régulation du prix du foncier, s’opposent à la concentration des terres ou à leur achat par des investisseurs-spéculateurs ou à leur urbanisation.

8- Orienter les aides et subventions vers des productions de qualité, vers une gestion de l’environnement qui préserve les agro-écosystèmes, les biodiversités domestiques et naturelles, et la qualité de vie en zone rurale. Les mesures n’allant pas dans ce sens devraient être taxées.

L’agriculture sera définie comme « durable » si elle parvient à sauvegarder les ressources naturelles qui constituent les principaux leviers de sa production.

Les labels de qualité (Label rouge, Spécialités traditionnelles garanties, AB) et d’origine (AOP, AOC, IGP) des produits alimentaires devront se développer ; déjà 25 % sont labellisés en 2016. La formation et l’information des consommateurs devraient orienter leur choix vers ces produits.

Le coût des aliments labellisés issus d’une agriculture durable rivalisera avec celui des aliments issus de l’agriculture conventionnelle intensive lorsque le montant des externalités négatives (santé, environnement, transport, biodiversité, qualité de vie, entretien de paysages diversifiés…) sera intégré dans les prix de production.

Il est vital et urgent de soutenir les pionniers de la nouvelle agriculture qui ont compris l’intérêt des méthodes agro-écologiques, de la sauvegarde des ressources naturelles et de l’importance de la nutrition sur notre santé. « Se nourrir » est le premier besoin vital de l’Homme et l’intérêt que la société doit y consacrer commande priorité.

Vers le texte intégral

L’agriculture familiale agro-écologique dans le monde

A l’horizon 2050, une alimentation saine et suffisante, un climat mieux régulé, une biodiversité et des sols régénérés.

Ce texte de François Xavier de Montard, directeur de recherche honoraire INRA, GREFFE (Groupe scientifique de réflexion et d’information pour un développement durable), est le résumé d’une contribution qui fera partie d’un ouvrage collectif du GREFFE à paraître en février 2018.

Les agricultures familiales du monde, dont deux caractéristiques majeures sont la résilience associée à la multi-activité et à la quasi-absence de salariat, produisent 70 % de la production agricole mondiale. D’après la FAO, les besoins alimentaires mondiaux devraient croître de 70 % d’ici 2050 pour faire face à la croissance de la population et à l’évolution des habitudes alimentaires vers la viande et le lait. Une condition pour satisfaire les besoins alimentaires est l’entrée en transition démographique de l’Afrique sub-saharienne et sa confirmation en Asie du sud et du sud-est. Elle se produira si sont réalisées une forte amélioration de la condition des paysans (accès à la terre, prix agricoles et accès au marché) et la généralisation de l’instruction. Un autre défi est le changement climatique en cours et son cortège de sécheresses, inondations et tempêtes. En face, des agricultures agro-écologiques très productives, combinaison du meilleur des méthodes paysannes et des connaissances les plus récentes sur les agro-écosystèmes, sont à mettre en œuvre avec précision à l’échelle de petites ou moyennes fermes familiales pour composer une végétation à fort rendement très variée et résiliente face aux accidents climatiques et aux ennemis des cultures.

Du fait de son exigence en main-d’œuvre, une telle adaptation est peu envisageable pour l’agro-business dont, par ailleurs la rentabilité est assurée par la monoculture et l’emploi massif de pesticides qui mettent en danger la vie des sols et la santé des populations et détruisent la biodiversité. Ceci justifie puissamment la demande des organisations paysannes mondiales de protection de l’accès à la terre dans le cadre villageois et de libre commerce des semences paysannes, à l’encontre de l’emprise commerciale mondiale des OGM (10 % des surfaces) et de la vente des terres collectives à des investisseurs, pays ou fonds de pension, qui s’abritent dans la dynamique onusienne de « l’agriculture climato-intelligente » pour évacuer les paysans et pratiquer la monoculture de plantes alimentaires, textiles ou de bioénergie.

On estime les surfaces agricoles utiles à 3,4 milliards d’ha de terrains pâturés et à 1,4 milliard d’ha en terres arables dont une proportion très importante est dégradée. Le potentiel considérable de biodiversité, de régénération des sols et de productivité des agricultures familiales se développant en agro-écologie est présentement trop ignoré des décideurs et doit être opiniâtrement recherché et mis en valeur en remplacement des méthodes dégradantes des sols et des forêts (déforestation, surpâturage, érosion liés à des pratiques traditionnelles sous pression démographique et érosion et pollutions liées à l’agriculture industrielle).

15 avril : une journée pour Relier les initiatives de la Haute-Vallée de l’Aude

Comment, quand et ou ?

Le samedi 15 avril 2017, de 9 h à 17 h

à la salle associative des Maillols, 26 Av. du Col de Festes, 11300 Festes-et-Saint-André.

9 h Café pour se connaître, 10 h tour de table de présentation des motivations et attentes concrètes, 13 h repas partagé sorti du panier, 14 h atelier en groupe pour construire des propositions concrètes…

Pourquoi ?

Le tissu associatif, les collectifs, les sociétés coopératives… présents dans la Haute Vallée sont foisonnants et indispensables au bien être de tous. Car dans les territoires ruraux, si l’on ne fait rien, rien ne se passe ! Ils créent des services et impulsent un vrai dynamisme sans forcément s’en rendre compte.

Cependant, toutes ces activités qui font l’endroit où nous avons choisi de vivre sont majoritairement menées de manières individuelles. Il n’existe que peu de réelle(s) synergie(s) entre les initiatives, ni de concertation sur les actions qu’il serait possible de mener à plusieurs.

Nous rassembler, nous qui prenons part à la vie locale, pour mieux nous connaître, pour partager nos envies, nos visions, nos objectifs ; voila qui pourrait donner une autre dimension à nos actions ! C’est une force pour chacun de savoir qu’il est entouré par d’autres qui œuvrent dans le même sens…

De ce constat est née la volonté de créer une dynamique commune. Relier les initiatives était le thème des rencontres des amis de François de Ravignan qui ont lieu à Greffeil et à la Claranda en novembre dernier (compte-rendus des journées sur ce site).

Se relier : il y en a pour toutes les envies !

Les quatre jours de rencontre ont permis de faire émerger trois grandes motivations à relier les initiatives :

  • Mutualiser : échanger des infos, des savoirs, des expériences, des ressources humaines, matérielles, créer des synergies, des outils de coopération et d’information… ;

  • Constituer une force d’action : se mobiliser au plus grand nombre en soutien à des causes portées par un des collectifs, ou des causes de « bien commun » ;

  • Construire ensemble des solutions alternatives à un modèle social, politique et économique qui épuise les ressources naturelles et humaines à toutes les échelles.

En écho, nous (personnes motivées) vous proposons de partager une journée de rencontre des autres porteurs d’initiative, de discussion et d’ateliers autour de ces motivations, et de celles qui émergeront.

Si on peut renforcer la dynamique collective dans la Haute Vallée, pourquoi ne pas tenter le coup ?

Merci de nous prévenir de votre participation, mais même sans ça, vous serez bienvenu(e)s !

Contacts : Antoine 07 70 39 27 64 et Aurélie 06 44 82 41 76.

Le développement contre les paysans

Texte d’une conférence prononcée par François de Ravignan au Cun du Larzac le 24 juin 2005.

Je voulais, en commençant cet entretien, vous adresser une parole de bonheur, en dépit du fait que les sujets dont nous avons à parler ensemble ce soir n’invitent guère à la sérénité. C’est pourquoi j’ai demandé conseil à ma femme, ici présente. Elle m’a suggéré de vous dire que, si nos cœurs s’accordent à notre intelligence, il y aura du bonheur dans notre partage, parce que nous ne nous contenterons pas d’acquérir un savoir, mais que nous ferons un bout de chemin à la rencontre de l’autre, donc du bonheur : c’est donc ce que je souhaite, à vous comme à moi, pour cette soirée.

Nous allons parler d’abord des paysans en élargissant notre regard à l’ensemble de la planète : qui sont-ils, où sont-ils ? Nous parlerons ensuite du développement, cette idéologie du XXe siècle, et de ses conséquences sur la paysannerie, avant de nous demander ce que peut nous suggérer la situation présente.

Qui sont, où sont les paysans dans le monde?

Dans nos pays, les paysans ne sont plus très nombreux. En France, ils ne représentent plus que 3,7 % de la population (alors qu’ils en étaient le quart en 1950 et la moitié un siècle plus tôt). Ils ne sont même plus majoritaires dans la population rurale : sur 15 millions de ruraux, 2,2 seulement vivent de l’agriculture. Dans l’ex-Europe des Quinze, les paysans sont déjà proportionnellement plus nombreux : 5 % ; bien davantage dans les dix pays récemment rattachés à l’Union, à savoir 20 %, avec de fortes variations suivant ces pays.

Mais, dans l’ensemble du monde, les paysans représentent plus de la moitié de la population totale, comme on le voit sur le tableau ci-après. En d’autres termes, un homme sur deux est un paysan du Sud. Qui plus est, en dépit de l’exode rural et de l’énorme expansion des villes du Sud, cette proportion n’a pas changé depuis trente ans. Beaucoup de gens s’imaginent que partout dans le monde l’exode vers les villes fait diminuer la population rurale et agricole comme c’était le cas chez nous de 1850 à 1975. Mais dans les pays du Sud, l’expansion démographique provoque, en dépit de l’exode rural, une augmentation de la population rurale et même agricole (près de 60 % dans les quarante dernières années). Exemple : en Turquie, la population active agricole et le nombre des exploitations ont augmenté jusqu’en 1995, tandis que la population urbaine passait en vingt ans de 17 à 42 millions. Au Nigeria, dans la même période 75-95, la population urbaine augmente de près de 30 millions (soit un triplement), tandis que les ruraux s’accroissent de près de 20 millions. En Inde, de 1980 et 2001 la population employée dans l’industrie et les services double ; dans l’agriculture elle augmente de 50  %.

Quels sont les moyens dont disposent ces paysans ? Nous avons distingué, dans le tableau, à la rubrique « moyens de travail », trois catégories de paysans : ceux qui travaillent avec un tracteur (T), ceux qui travaillent en culture attelée avec des animaux (A), ceux qui travaillent manuellement (M) et qui sont la majorité écrasante. Essayons maintenant de voir comment se répartit la production en fonction des catégories précédentes de population active, tractorés (T), attelés (A), manuels (M). Pour simplifier, nous ne parlerons que de la production céréalière, à savoir environ 2 milliards de tonnes par an. On voit (sur le tableau à la rubrique production) que les « attelés » produisent autant que les « tractorés », mais avec une productivité apparente quinze fois moindre ; les « manuels » produisent moins de la moitié des attelés, mais avec une productivité dix fois moindre, donc 150 fois inférieure à celle des tractorés. Ainsi, non seulement les paysans des pays industrialisés ne sont qu’une très petite minorité des paysans du monde, mais les agricultures qu’ils pratiquent sont un cas très particulier d’agriculture. Nous ne pourrons donc raisonner valablement à l’échelle du monde avec, à l’arrière-plan, le modèle de nos agricultures : il ne faut jamais l’oublier.

Le développement dans l’agriculture

Tant dans les instances gouvernementales que dans les bureaux d’étude et les organismes de recherche, il est vraiment rarissime que l’on ose remettre en question le développement, ce mythe directeur du demi-siècle qui vient de s’achever étant considéré comme universel et atemporel. L’histoire nous apprend pourtant que, dans son acception présente, le développement a pris naissance dans le discours du 20 janvier 1949 sur l’état de l’Union du Président Truman, promesse d’une prospérité pour tous sur le modèle états-unien, dont n’était pas absente une volonté hégémonique face au risque communiste. Rappelons que, dans le même but hégémonique, Truman avait fait détruire, en août 1945, Hiroshima et Nagasaki, alors que le Japon était prêt à capituler sans cela. En d’autres termes, le développement est à la bombe atomique ce que la carotte est au bâton.

Il y a, en amont du développement, l’idée qu’une croissance matérielle rapide est la base essentielle du progrès de l’humanité vers plus de bien-être ; avec pour corollaire le concept de trickle down, à savoir que la croissance de la production est, de facto, profitable à plus ou moins long terme à toute la population d’un pays. En ce qui concerne l’agriculture, une croissance rapide, cela veut dire la « sainte trinité » semences sélectionnées, engrais, pesticides. Le deuxième postulat lié au concept du développement, c’est la libéralisation des échanges. Alors que les politiques agricoles étaient restées longtemps un domaine réservé des États, elle vont ainsi se soumettre à une concurrence de plus en plus mondialisée, et ceci surtout à partir des années 90. Mais lorsqu’on met en concurrence des paysans du Sud avec d’autres dont la productivité est plus de 100 fois supérieure, ils ne peuvent tenir le choc.
Les partisans du « développement agricole « arguent du fait qu’il faudra nourrir 2 à 3 milliards d’hommes supplémentaires d’ici à une cinquantaine d’années, la plupart dans les pays du Sud de la planète. Certains pensent à solliciter pour cela les pays dont l’agriculture est majoritairement modernisée comme l’Europe de l’Ouest ou les États-Unis. Comment, par exemple, augmenter de 20 % la production céréalière mondiale, soit 400 millions de tonnes (ration de 2 milliards d’hommes en régime végétarien) ? Si l’on compte pour cela sur les seuls  » tractorés « , il leur faudrait augmenter de près de 50 % leur production, alors que leur nombre décroît et que leurs rendements, déjà très élevés, plafonnent. D’ailleurs, dans les vingt-cinq dernières années, ils n’ont augmenté leur production que de 200 millions de tonnes environ (comme on le voit en bas du tableau). Ils ne sont donc pas en mesure de nourrir le monde entier. Sans parler des conséquences sur le plan des transports et de la pollution.

Deuxième hypothèse : moderniser les paysans du Sud. C’est possible, et c’est déjà largement en cours pour une partie d’entre eux. Dans les dernières vingt-cinq années, la production céréalière du Sud a pratiquement doublé et une partie de cet accroissement est certainement dû à la modernisation des méthodes de production. Le problème c’est la façon dont ça se passe, car ceux qui peuvent acquérir tracteurs, engrais et pesticides sont ceux qui ont déjà des possibilités d’investir. En outre cela ne va pas sans problèmes d’environnement ou de dépendance liée à la monoculture. Les « révolutions vertes », enclenchées à l’instigation des États-uniens et des institutions internationales dans les pays d’Asie du Sud-Est et en Inde, ont enrichi les paysans riches et appauvri encore les pauvres, voire les ont obligés à céder leur terre et à partir dans les bidonvilles. Par exemple, au Tamil-Nadu, à partir de 1970, on a importé des tracteurs. En 2000, il y en avait 700 000. Mais, de 1970 à 90, 60 % de l’emploi agricole salarié a été détruit par cette mécanisation ; on est passé de 180-200 jours de travail/an par journalier à 90-100 jours.

La triple exclusion

Plus généralement, on voit s’étendre, à partir du monde paysan, une triple exclusion : des terres (par exemple au Brésil où les conflits pour la terre ont provoqué des milliers de morts dans les dix dernières années), du travail (comme on vient de le voir en Inde), du marché (importations céréalières ou de volailles en Afrique). Certains chiffres donnent le vertige : on parle par exemple de 150 à 400 millions de paysans chinois condamnés à quitter la terre dans les décennies qui viennent. Mais, plus près de nous, dans les pays de l’Est récemment rattachés à l’Union européenne, l’idée qui prévaut est que ces pays vont se développer à notre image et que l’agriculture, en particulier va prendre le train de la Politique Agricole Commune. Or, avec une population presque quatre fois inférieure à celle des Quinze, les douze PECO ont une population paysanne supérieure d’un tiers à la nôtre, tandis que la surface moyenne exploitée par actif agricole est de 6 ha contre 18. La libre concurrence qu’on leur propose comme une panacée sera généralement, sauf pour quelques grandes exploitations qui s’en sortiront, le combat du pot de terre contre le pot de fer.

C’est ainsi qu’aux 7 millions de chômeurs de l’Europe des Quinze risquent de s’ajouter sans grand délai les 4 millions d’actifs agricoles dont, selon les prévisions actuelles, il faudra « dégraisser » l’agriculture des PECO, alors que déjà dans le plus vaste de ces pays, la Pologne, le chômage touche 20 % de la population active. Enfin, en Turquie où il y a autant de travailleurs agricoles que dans toute l’ex-Europe des Quinze, soit 7 millions, les experts parlent de réduire l’emploi agricole de quatre ou cinq millions, ce qui veut dire, avec les familles, 15 millions de personnes exclues. Face à ce scénario, Ankara n’a, pour l’heure, prévu aucune solution, jugeant sans doute que les problèmes sociaux doivent être résolus par les réseaux d’entraide familiale.

D’autres voies ?

Pourtant, il serait possible d’augmenter de 600 millions de tonnes (soit d’un peu plus de 50 %) la production des paysans « attelés » et « manuels », vu les rendements souvent très bas, avec des moyens beaucoup plus modestes ; cela aurait de plus l’avantage de donner une production mieux répartie, beaucoup moins coûteuse en intrants, donc en consommation énergétique et en pollution. En outre, quand on a affaire à des paysans pauvres, il n’est guère expédient de prétendre leur faire dépenser de l’argent avant qu’il n’en aient gagné !

Un tel enjeu est capital, mais le choix dans ce sens ne sera pas le fait des États, ni des organisations internationales qui penchent généralement de l’autre côté. Il ne peut être conquis que par une forte organisation collective, permettant, par l’établissement d’un réseau de relations, de substituer la coopération et la complémentarité à la concurrence, d’une part directement sur le terrain à travers des expériences localisées (par exemple les AMAP) ; d’autre part à l’échelle internationale, de par une militance organisée. Déjà, beaucoup de paysans l’ont compris, par exemple, pour ne citer que ce que je connais, ceux du SOC en Andalousie, Ekta Parishad en Inde, le MST au Brésil, la Confédération Paysanne en France, qui, tous ensemble ont abouti à la création, en 1993, du premier mouvement mondial de paysans, Via Campesina, qui met au premier rang des revendications les réformes agraires (bien oubliées depuis 1980), la souveraineté alimentaire (à savoir le droit de chaque peuple de produire ses propres aliments de base dans le respect de la diversité culturelle), l’agriculture paysanne respectueuse de l’environnement, créatrice d’emploi et de produits de qualité, la biodiversité, contre les monopoles qui pèsent de plus en plus sur la production des semences.

Ces exemples illustrent je crois suffisamment le fait que la question n’est pas tant, comme on le dit trop souvent, de « nourrir les hommes », mais bien plutôt de leur permettre de se nourrir, et pour cela de ne pas les en empêcher. « Si quelqu’un a faim, ne lui donne pas un poisson, mais un filet et apprends-lui à pêcher ». Que de fois avons-nous entendu citer ce proverbe, notamment à propos des paysans pauvres. Or, tant en Afrique qu’en Inde, j’ai constaté que les pêcheurs traditionnels ne manquent ni de filets ni de savoir-faire, et que je serais tout à fait incapable de leur apprendre à pêcher ! En revanche, ils sont de plus en plus gênés par la concurrence de sociétés qui surexploitent les fonds marins avec de gros moyens et par là les privent peu à peu de leur activité. Je m’inscris donc en faux contre le fameux proverbe, et j’espère vous avoir fait comprendre pourquoi. Je vous invite par là même à combattre pour l’équité, car il ne faut pourtant pas se bercer d’illusions : l’élimination, déjà en cours, de centaines de millions de paysans, sans aucune contrepartie sur le plan du travail, ne peut qu’avoir des conséquences dramatiques, non seulement pour ces paysans, mais pour nous tous, car c’est un facteur évident d’instabilité pour les sociétés, y compris celles qui, aujourd’hui, se croient tirées d’affaire.

Documentation

Réseau Solidarité, 10 quai de Richemont, 35 000 Rennes, tél.
02 99 30 60 53, reseau-solidarite@globenet.orgwww.globenet.org/reseau-solidarite

Réseau Agriculture Durable, 97 avenue Bonnin, 35 571 Chantepie cedex, tél. 0299773925 – www.agriculture-durable.org

Immanuel Wallerstein, L’après-libéralisme ­ Essai sur un système-monde à réinventer. L’aube, poche essai 2003.

Revue L’Écologiste trimestrielle, 18-24 quai de la Marne, 75 164 Paris cedex 19.

Collectif La Ligne d’horizon, Défaire le développement, refaire le monde, Parangon, Paris, 2003.

Robert Linhardt, Le sucre et la faim, Éditions de Minuit 2003.

Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté, Fayard/Actes Sud 2003.

Marc Dufumier, Agricultures et paysanneries des Tiers-Mondes, Karthala, 2004.

Gilbert Rist, Le Développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Po, 1996.

François de Ravignan, La faim, pourquoi, La Découverte, 2003 (réédition).

François Partant, La fin du développement,naissance d’une alternative, Babel, 1997 (réédition).

Que la crise s’aggrave, Parangon, 2002 (réédition avec préface de José Bové).

Annexes

1-Les paysans dans le monde

Population totale monde          6,1 milliards

Nord                                       1,2

Sud                                        4,9

dont              Chine                 1,3

                     Inde                   1,1

Population active (PA) monde   2,6 milliards

dont              Nord                   0,4

                     Sud                    2,2

dont active agricole (PAA) :

                         1961              2002

         PAA          0,850             1,335 milliard (1)

dont   Nord         0,115             0,045 (11 % de PAN)

          Sud          0,735             1,290 (58,6 % de PAS)

          Inde                               0,270 (1/5e du total mondial)

Moyens de travail :

PAA travaillant avec tracteur     20 millions (2)

                             animaux     300 millions (2)

                                    bras    0,5 (1) ) 1 milliard (2).

1) Chiffres de Jean-Paul Charvet, géographe Université Paris X, pour 2002, publiés par Transrural Initiatives du 25/01/20025 ; 2) Chiffres de Mazoyer.

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Programme des Rencontres du 10 au 13 novembre 2016 à Serres et Greffeil (Aude)

POUR MEMOIRE

PROGRAMME des rencontres des ami.es de François de Ravignan qui ont eu lieu à Serres et Greffeil (Aude) du 10 au 13 novembre 2016.

« Relier les courant alternatifs pour une puissance continue ! »

Présentation de la soirée du jeudi 10 à La Claranda dans le cadre des “conviviales”. Fédérer les alternatives :

Les ami-e-s de François de Ravignan est un rassemblement de personnes diverses, qui, à la suite de François – agronome peu conventionnel qui nous a quittés il y a cinq ans – poursuit sa réflexion sur les perspectives d’un meilleur avenir, surtout pour le monde rural. Nous nous intéressons à toutes alternatives porteuses d’espoir. Comment est-ce que toutes ces expériences si diverses et variées peuvent “prendre” ? Et c’est quoi une “alternative”? Venez vous saisir de cette question passionnante avec quelques ami-e-s, le jeudi 10 novembre.

Cette soirée annonce le départ d’un long week-end de réflexion qui se poursuivra à Greffeil (dans la vallée du Lauquet).

PROGRAMME 2016

Les rencontres des ami.es de François de Ravignan

Le thème de cette année : « Relier les courants alternatifs pour une puissance continue ». Mettre en réseau les initiatives alternatives : objectifs, freins, outils, limites…

Nous aborderons ces questions sous trois angles :

1-Les rapports entre les alternatives elles-mêmes (utilité, complémentarités, synergies, rivalités, échelles géographiques…)

2-Les rapports des alternatives aux Institutions (participation, démocratie directe, conflits, contre-pouvoirs…)

3-Les rapports humains au sein des alternatives (coopérations/rivalités/egos, relations de pouvoir, convivialité, éducation populaire…).

Jeudi soir 19h : Soirée dans le cadre des « conviviales » à la Claranda à Serres :

  • 19h Présentation du collectif des Ami.es de François de Ravignan et du thème de cette année (Clothilde de Ravignan).

  • 19h30 Repas, 10 € sur réservation au 04 68 74 38 05.

  • 20h30 Débat autour de la question « Pourquoi relier les alternatives ? »

  • En continu toute la soirée : Créons ensemble une carte des initiatives alternatives dans l’Aude.

Vendredi : Début des Rencontres de François de Ravignan à la salle communale de Greffeil

1-Les rapports entre les alternatives elles-mêmes

MATIN

  • 09h30 Introduction des Rencontres et de la journée.

  • 09h40 Compte rendu du débat de la veille autour de la question « Pourquoi relier les alternatives ? » suivi d’un débat mouvant « Relier les alternatives doit-il forcément avoir une finalité politique ? »

  • 10h45 Intervention de Michaël Dif : «Des forces éclatées à la puissance des réseaux »

  • 12h15 Repas

APRÈS-MIDI

  • 14h Ballade botanique comestibles

  • 15h Intervention de Vincent Jannot, du réseau RELIER (Réseau d’Expérimentation et de Liaison des Initiatives en Espace Rural). En s’appuyant sur leur propre expérience, ils viendront partager leur vision de la mise en réseau d’alternatives sur un territoire et des dynamiques qui peuvent en émerger.

  • 16h30 Pause

  • 17h Ateliers Réflexion en petits groupes sur la base des questions suivantes et d’autres éventuelles ayant émergé des discussions précédentes :

  • En s’appuyant par exemple sur notre carte des alternatives, nous réfléchirons à ce qui peut faire lien entre elles, de façon transversale ;

  • Comment agir ensemble quand on a des centres d’intérêts différents ?

  • 18h Restitution en plénière du travail en groupes

  • 19h30 Repas

  • 21h Projection « L’An 01 », de Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch.

2-Les rapports des alternatives aux Institutions

Samedi :

MATIN

  • 9h00 Accueil

  • 09h15 Présentation de la thématique du jour et intervention (filmée, spécialement pour les rencontres) de Miguel Benasayag sur le thème : Comment expliquer la non-émergence d’un mouvement populaire et Politique en France, alors que les créations alternatives foisonnent ?

  • 10h Intervention d’un conseiller de la mairie de Saillans (une commune de la Drôme où est expérimentée réellement la démocratie participative : « Pas de programme, pas de candidats… la liste c’est vous ! »). Nous aborderons le rapport qu’entretient cette initiative alternative avec l’administration et les institutions et les modalités de mise en œuvre de la démocratie participative (quelle implication citoyenne, quels obstacles, etc.). Avec la présence de maires locaux.

  • 12h Repas

APRES-MIDI

  • 14h Ballade, botanique ou non ! Ou alternative sieste

  • 15h Interventions de Bernard Ginisty (membre fondateur d’Attac) et de Guy Roustang (directeur de recherche honoraire au CNRS) autour de la question : Repenser le rôle des institutions pour que les alternatives puissent jouer le leur.

  • 16h30 Pause

  • 17h Ateliers sur des thèmes ayant émergé de la journée.

  • 19h Repas

  • 20h30 Intervention (confirmé) par un des auteurs de « Podemos, la politique en mouvement ». Podemos est issu du mouvement des Indignés et a conquis la Mairie de Barcelone l’année dernière. Ce sera l’occasion de comprendre comment un mouvement né dans la rue a pu accéder au pouvoir et comment les institutions et les politiques interagissent avec ce dernier.

3- Les rapports humains au sein des alternatives

Dimanche :

MATIN

  • 09h30 Présentation de la journée par Clothilde de Ravignan : l’amicalité, en référence à la pensée de François de Ravignan.

  • 9h45 Intervention de Hannes Lämmler, de la communauté Longo Maï, sur la gestion des rapports humains dans les projets collectifs (Longo Maï est une expérience de vie communautaire dans des régions rurales de différents pays d’Europe, dont la France, datant des années 70).

  • 11h15 Pause

  • 11h45 Intervention d’Helen Duceau sur les outils du faire-ensemble, « Forum Ouvert » et « Lieux ouverts » (ou « tiers-lieux »), ou comment faciliter les rapports humains et relier les alternatives durablement.

  • 12h 30 Bilan et propositions pour une éventuelle suite des rencontres.

  • 13h30 : repas

    Le groupe des ami.es de François de Ravignan, est un groupe informel : afin de nous aider à faire face aux frais que génèrent l’organisation de ces rencontres, passées et à venir, et de pouvoir dédommager les intervenant.es de leurs frais de transport et repas, un don reste possible en envoyant un chèque à l’ordre de Clothilde de Ravignan à l’adresse suivante : Clothilde de Ravignan, 4 rue des Escaliers, 11250 Greffeil.